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Le mystérieux «mélange des sens» de la synesthésie peut être le résultat de neurones hyper-connectés. En effet, lorsque vous entendez une note de musique en si bémol, voyez-vous la couleur bleue ? Est-ce que les mots de cette phrase sont rouges ou verts ? Si vous avez répondu par l’affirmative à ces questions, vous pouvez être affecté de synesthésie, qui serait le résultat de neurones « hyper-connectés ».

Des gènes

Pour la première fois, les scientifiques ont identifié une poignée de gènes qui pourraient prédisposer les gens à la synesthésie, dévoilant un aspect pour mieux comprendre les troubles tels que l’autisme, qui est également le résultat de neurones hyper-connectés.

«C’est très excitant», explique Romke Rouw, psychologue cognitive qui étudie la synesthésie à l’université d’Amsterdam mais qui n’a pas participé à l’étude. « Il fournit une explication fascinante entre les variations génétiques et l’hyper-connectivité chez ceux qui sont affectés de synesthésie. »

Pendant des décennies, de nombreux « neuro-scientifiques » se demandaient d’où provenait la synesthésie. Certains ont même refusé de reconnaître son existence, tandis que d’autres croyaient que la nature individuelle et subjective du phénomène rendait pratiquement impossible son étude. Mais les méthodes d’enquête de plus en plus sophistiquées ont permis aux scientifiques de confirmer que certaines personnes – on ne sait pas combien – font constamment et involontairement ce mélange entre les mots et les couleurs.

On croyait que la synesthésie avait un lien héréditaire, car elle se retrouve souvent au sein d’une même famille. Mais les études génomiques n’ont jusqu’ici pas réussi à trouver des gènes qui pourraient en être responsables.

Une nouvelle technique

Dans cette nouvelle étude, une équipe dirigée par le neuro-scientifique Simon Fisher a décidé d’adopter une approche légèrement différente. En utilisant une technique de séquençage génétique connue sous le nom de « séquençage de l’exome entier » qui cible uniquement l’ADN qui code les protéines, les chercheurs ont catalogué pratiquement toutes les variantes d’ADN significatives dans trois familles dans lesquelles cette étrange condition était commune.

Fisher a obtenu des séquences d’ADN de quatre ou cinq synesthètes et d’au moins un non synesthète de chaque famille, couvrant trois générations. Les synesthètes ont eu l’une des formes les plus communes de cette condition, qui mélange la perception des sons et des couleurs. Par exemple, certains sons déclenchent la perception de certaines couleurs, ou certaines couleurs déclenchent la perceptions des sons.

L’équipe a trouvé 37 gènes qui prédit si les membres d’une famille ont des brins d’ADN de la synesthésie. Aucune variante génétique particulière n’a été partagé entre tous les synesthètes dans les trois familles, ce qui suggère qu’il n’existe pas de «gène de synesthésie» ou de groupe de gènes.

Des résultats encourageants

Mais quand les chercheurs ont regardé ce que faisaient ces gènes, ils ont remarqué un modèle: Six des variantes étaient dans des gènes liés d’une certaine façon au développement de connexions entre les neurones connus sous le nom d’axones. Qui plus est, ces gènes sont exprimés à la fois dans les cortex auditifs et visuels du cerveau au cours du développement de l’enfance, rapportent ces chercheurs dans Proceedings of the National Academy of Sciences.

Si les résultats de cette étude démontrent leurs pertinences, cela pourrait être une aubaine pour les chercheurs en autisme. Car beaucoup de personnes atteintes de troubles du spectre autistique ont également une sensibilité accrue aux stimuli, tels que les sons ou le toucher, et il y a de plus en plus de preuves que des connexions neuronales « hyper-connectés » pourraient jouer un rôle important, non seulement chez les autistes, mais également chez les synesthètes.

[via Science]