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Comme l’intelligence artificielle (IA) permet aux machines de ressembler davantage aux humains, connaîtra-t-elle des bizarreries psychologiques telles que des hallucinations ou de la dépression ? Et cela pourrait-il affecter leur fonctionnement ? Le mois dernier, l’Université de New York a organisé un symposium intitulé « Canonical Computations in Brains and Machines », où les neuroscientifiques et les experts en I.A ont discuté de la façon dont la penser des humains pourraient ressembler à celle des machines dotée d’une forme très avancée d’intelligence artificielle.

Zachary Mainen, neuroscientifique de Centre Champalimaud, un institut de recherche sur les neurosciences et le cancer a émis l’hypothèse que l’on pourrait s’attendre à ce qu’une machine intelligente souffre des mêmes problèmes mentaux que les humains. Il nous a accordé cette brève interview, que nous avons retranscrite dans ses détails les plus intéressants.

Q: Pourquoi pensez-vous que les machines dotées d’IA peuvent être déprimées et halluciner ?

R: Je m’appuie sur le domaine de la psychiatrie computationnelle, qui suppose que nous pouvons apprendre à propos d’un patient dépressif ou hallucinant en étudiant des algorithmes d’IA, comme l’apprentissage par renforcement. Si vous inversez cette approche, pourquoi une IA ne serait-elle pas sujette au genre de choses qui ne vont pas chez les patients ?

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Q: Le mécanisme pourrait-il être le même que chez les humains ?

R: La dépression et les hallucinations semblent dépendre d’une substance chimique dans le cerveau appelée sérotonine. Il se peut que la sérotonine ne soit qu’une « excroissance biologique ». Mais si la sérotonine aide à résoudre un problème plus général pour les systèmes intelligents, alors les machines pourraient mettre en œuvre une fonction similaire, et si la sérotonine se trompe chez les humains, l’équivalent dans une machine pourrait également se produire.

Q: Comment la sérotonine nous aide-t-elle à penser ?

R: La sérotonine est un neuromodulateur, un type particulier de neurotransmetteur qui diffuse rapidement son message dans une grande partie du cerveau. Par exemple, la dopamine semble agir comme un signal de récompense pour notre cerveau. S’il s’est passé quelque chose de bien tout le cerveau a besoin d’en apprendre plus à ce sujet. Les approches computationnelles de la neuroscience perçoivent d’autres neuromodulateurs comme d’autres sortes de «boutons de contrôle» similaires à ceux utilisés dans l’IA. Un important « bouton » de l’IA est le taux d’apprentissage.

Q: Quand voudriez-vous ajuster le taux d’apprentissage dans une IA ou dans le cerveau ?

R: Il y a des situations dans lesquelles le monde change soudainement et tout devient beaucoup plus incertain et difficile que d’habitude. Par exemple, si vous avez visité une ville étrangère. Dans ces situations, vos anciennes connaissances – votre modèle habituel du monde – sont obsolètes et doivent être mises de côté ou retravaillées pour s’adapter à la nouvelle situation.

En laboratoire, nous pouvons créer ce genre de situation en apprenant à une souris ou à une personne un jeu avec certaines règles et en changeant brusquement les règles, lorsque cela arrive, les neurones sérotoninergiques s’allument. Les gens pensent que la sérotonine est liée au bonheur, mais les neurones sérotoninergiques semblent plu tôt envoyer un message nous expliquant ce qui bon de ce qui n’est pas bon ou mauvais. Donc nos anciennes attentes ne nous sont plus utiles et peuvent même nous perturber psychologiquement.

Q: Si la sérotonine signale principalement l’incertitude plutôt que le bonheur, comment cela explique-t-il son importance pour la dépression?

R: En laboratoire, la libération de la sérotonine a été impliquée dans la plasticité cérébrale ou si vous préférez; sa capacité à s’adapter. Des résultats de plusieurs études nous suggèrent que le traitement de la dépression par la pharmacologie ne consiste pas tant à améliorer l’humeur, mais plutôt à aider à faire face au changement.

La dépression peut être considérée comme bloquée dans un modèle du monde qui doit changer. Un exemple serait une personne qui subit une blessure grave et qui doit penser à elle-même pour se sauver et chercher de l’aide. Une personne qui ne le ferait pas cela pourrait devenir déprimée. Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, tels que le Prozac, qui est un type courant d’antidépresseur, peuvent faciliter la plasticité cérébrale. Les substances psychédéliques, comme le LSD, la psilocybine ou le DMT, peuvent agir de manière similaire, mais sur une échelle de temps beaucoup plus courte.

Q: Est-ce que l’AI pourrait avoir des émotions, ou même être déprimée ?

R: Oui, je pense que les robots auraient probablement quelque chose comme des émotions. Par exemple, lorsque l’environnement change rapidement, les humains ou les machines avec un faible taux de sérotonine ou son équivalent, peuvent ne pas se reconnecter correctement lors de ce changement, avec leur environnement; c’est ce que nous appelons la dépression.

En résumé, bien que l’I.A, soit inévitable dans le futur, nous devrons probablement trouver des solutions pour les soulager de troubles psychologies, comme ceux que vivent les êtres humains.

[via Science]