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L’étude jumelle de la NASA très médiatisée, qui comparait les fonctions corporelles de l’astronaute Scott Kelly à celles de son frère jumeau a fait l’objet d’un suivi dans l’un des environnements les plus exigeants de la planète. Deux alpinistes expérimentés seront en expédition d’un mois au mont Everest, tandis que leurs jumeaux resteront au niveau de la mer. Le but principal : séquencer l’ADN et l’ARN à partir de leurs globules blancs et rechercher d’éventuels changements dans l’expression des gènes.

Des différences entre les jumeaux

Rappelons que l’astronaute Scott Kelly qui a passé un an dans l’espace, est revenu sur Terre et en analysant ses gènes, des scientifiques de la NASA se sont aperçu qu’il mesurait environ 2,5 cm de plus, et que 7% de ses gènes étaient différents de ceux de son jumeau Mark Kelly. De plus ces changements ont persisté 6 mois après son retour sur Terre. Donc afin de comprendre ce phénomène, des chercheurs ont demandé à deux grimpeurs expérimentés de gravir le mont Everest.

Ce projet est l’une des études en haute altitude les plus exigeantes jamais réalisées, notamment parce que les grimpeurs doivent prélever des échantillons de leur sang, de leur salive et de leurs excréments, dans des conditions de gel à plus de 7 km d’altitude. il. Jusqu’ici tout va bien. L’équipe, Matt Moniz, étudiant en deuxième année de Dartmouth College, âgé de 20 ans, et Willie Benegas, grimpeur professionnel âgé de 49 ans, ont déjà pris trois échantillons de sang, au Camp 3 à une altitude de 7300 mètres, afin de voir si des changements se sont déjà produits, comme ceux de Scott Kelly, qui était en orbite dans la Station spatiale internationale.

Peut-être pas directement attribués à la vie en orbite

Mais ces changements ne peuvent pas être directement attribués à la vie en orbite; selon Christopher Mason, généticien de Weill Cornell Medicine à New York, qui a mené l’étude sur les gènes, ils pourraient simplement être le résultat d’un environnement extrêmement stressant. Ainsi, il a recruté Moniz et Benegas pour faire une expérience de « contrôle » sur la Terre. Bien que l’Everest soit très différent de l’ISS, les faibles niveaux d’oxygène, les températures glaciales et les forts sentiments d’isolement créent des conditions de stress intense.

Alors que ces deux alpinistes vont grimper, leurs jumeaux resteront au niveau de la mer et serviront de contrôle. Le fait que les deux paires de jumeaux soient fraternelles n’est « pas idéal », explique Mason. « Mais vous pouvez toujours contrôler 50% de leurs gènes, ce qui est mieux que de comparer différentes personnes sans aucune relation. »

L’étude des jumeaux sur l’Everest, bien que ne faisant pas officiellement partie de la recherche de la NASA, utilisera le même protocole. Les grimpeurs collecteront des échantillons de leur sang et de leur microbiome au camp de base de l’Everest (5364 mètres), avant et après l’acclimatation, puis de nouveau au camp 3 et éventuellement plus haut. Ils utiliseront de l’oxygène pendant la dernière phase de leur ascension au sommet de 8850 mètres de l’Everest. Cela signifie que leurs échantillons sanguins finaux ne seront pas directement comparables à ceux prélevés à des altitudes plus basses, mais cela augmentera leurs chances d’atteindre le sommet.

Tatum Simonson, un généticien de l’Université de Californie à San Diego, qui étudie les adaptations génétiques en haute altitude, affirme que l’étude offrira des «aperçus uniques» sur la manière dont les humains réagissent aux stress environnementaux. Mais elle avertit que parce que les conditions sont différentes – la privation d’oxygène à haute altitude contre la microgravité – les études de la NASA et celle de l’Everest restent distinctes.

Des changements des gènes dans les voies respiratoires

« Ils peuvent être comparés, mais il est important de garder ces différences à l’esprit. » Où il peut y avoir une comparaison, explique-t-elle, est au niveau des changements de l’expression des gènes dans les voies respiratoires, qui répondent au faible taux d’oxygène, qui sont apparu dans les gènes de Kelly après son année dans l’espace et sont susceptibles d’apparaître dans ceux des deux grimpeurs.

Moniz et Benegas prévoient de se rendre au sommet vers la mi-mai. Si tout se passe bien, ces jumeaux nous permettrons de mieux comprendre ce phénomène. Rappelons que ces deux alpinistes sont : Benegas qui a été 11 fois au sommet de l’Everest, et Moniz, aventurier de l’année au National Geographic, qui a gravi plusieurs sommets de 8000 mètres avant l’âge de 19 ans. «J’aime travailler sur des projets comme celui-ci lors d’expéditions», explique Moniz, qui étudie l’ingénierie biomédicale. « Cela m’offre une chance d’enrichir mon esprit. »

Nous devrons donc attendre plus tard cette année, avant de savoir si des changements se sont produits dans les gènes de ces jumeaux.

[via Science]