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Qu’ont en commun les mines terrestres et la tuberculose ? Tous deux tuent des gens dans les pays en voie de développement – et les deux peuvent être flairés par des rongeurs. Depuis 2000, l’association internationale à but non lucratif l’APOPO, s’est associée à l’Université d’agriculture de Tanzanie, pour former des rats géants africains (Cricetomys ansorgei) afin de sentir l’odeur du TNT dans les mines terrestres. En 2016, les animaux avaient localisé près de 20 000 mines terrestres en Afrique et en Asie du Sud-Est.

Pour aider d’autres personnes, Georgies Mgode, chercheur en zoonoses et ses collègues ont commencé à entraîner des rats à reconnaître la senteur de la tuberculose, une maladie infectieuse qui a tué environ 1,6 million de personnes en 2016. L’outil de diagnostic le plus commun est l’examen des expectorations microscope, mais il peut échouer plus de la moitié du temps. Des technologies plus précises sont coûteuses ou encore en cours de test.

Des odeurs

« Chaque maladie a une odeur », explique Mgode. Mycobacterium tuberculosis, la bactérie qui cause la tuberculose, émet 13 substances chimiques volatiles qui le distinguent des autres microbes, ont rapporté ses collègues en 2012. La formation d’un rat pour détecter la tuberculose, reconnaissant ces odeurs dans les mucosités, prend environ neuf mois.

Pour commencer, les entraîneurs adoptent des rats âgés de 4 semaines, puis ils jouent avec eux et les nourrissent à la main. Pendant l’entraînement, les rats reçoivent une récompense alimentaire lorsqu’ils s’arrêtent sur des échantillons infectés. La plupart des rats entraînés peuvent travailler sur 100 échantillons en moins de 20 minutes, ce qui est plus rapide que d’autres méthodes, explique Mgode.

Plus performants

Pourtant, convaincre les autres d’accepter les rats comme un outil de diagnostic a été un défi. Le 4 avril, Mgode et ses collègues ont réalisé leur dernier test, basé sur plus de 55 000 échantillons d’expectorations provenant de cliniques tanzaniennes examinées par des rats entraînés entre 2011 et 2015. La microscopie a détecté la tuberculose dans 8 351 échantillons. Les rats ont détectés tous ces cas, avec 2745 de plus d’échantillons; ce qui est beaucoup plus que d’autres méthodes. De plus les animaux se sont particulièrement bien comportés avec des échantillons de jeunes enfants, qui crachent souvent moins de flegme et ont un plus nombre plus faible de bactéries.

Des tests rigoureux

Aujourd’hui, les rats sélectionnent des échantillons de tuberculose en Tanzanie et au Mozambique, et bientôt en Éthiopie. Mais les rats n’ont pas encore reçu l’approbation de l’Organisation mondiale de la santé. «Nous travaillons très durs selon les bonnes pratiques de laboratoire, nous avons des protocoles bien documentés et nous respectons les techniques approuvées», explique Mgode. « Les gens atteints par la tuberculeuse dont les tests ordinaires ont échoué, seront confirmés par les rats. »

[via Nature]