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Des élections cruciales au Canada auront lieu au cours des prochains mois. Les élections provinciales de l’Ontario sont en juin, celles du Nouveau-Brunswick en septembre, et celles du Québec en octobre 2018. Les entreprises qui utilisent les médias sociaux pour manipuler les attitudes et les comportements sont de nouveau soumises à un examen minutieux en raison de révélations sur des pratiques de confidentialité laxistes.

Selon une étude du Congrès américain, la propagande des médias sociaux générée par des agents russes dans des États clés lors de l’élection présidentielle de 2016 aux États-Unis a généré 30 à 40% des tweets liés aux élections. Les annonceurs peuvent semer des informations qui sont des impostures, incendiaires ou fausses, rapporte également cette étude.

Facebook sous enquête

La Federal Trade Commission des États-Unis, l’organisme de surveillance de la protection de la vie privée du pays, a annoncé que le géant des médias sociaux est maintenant sous enquête. Facebook a maintenant suspendu Cambridge Analytica et SCL Group, pas pour leur pratique bien connue d’avoir amassé des données personnelles à partir des médias sociaux et d’avoir élaboré des messages ciblés pour manipuler les élections, mais pour avoir rompu leurs promesses de supprimer les données.

Le commissaire à la protection de la vie privée du Canada a également annoncé qu’il a lancé une enquête officielle sur Facebook et qu’il vérifiera si les renseignements personnels des utilisateurs de Facebook au Canada ont été touchés. Le pouvoir des sociétés d’analyse et des plates-formes dont la portée est maintenant plus grande que la programmation de télé-diffusion la plus regardée, selon l’étude du Sénat américain, exige une plus grande responsabilité publique.

La publicité s’adresse depuis longtemps à des populations spécifiques, qu’il s’agisse de femmes, d’audiences LGBTQ ou de communautés ethnoculturelles. Dans une certaine mesure, la publicité traditionnelle est transparente dans la mesure où les publicités placées dans les journaux sont publiques et que tout le monde voit la même publicité et comprend clairement la cible de cette publicité.

Les annonces sont personnalisées et opaques

Mais les publicités en ligne sont maintenant si individualisées que ce n’est plus le cas; seules les plateformes de médias sociaux savent quelles informations sont ciblées à quel groupe. Les données récoltées, et les inférences tirées de ces données, permettent une manipulation à grande échelle que, actuellement, seules les sociétés de médias sociaux sont en mesure de voir. Nous ne vivons plus sur un marché d’idées, mais dans une étrange maison de miroirs à l’infini.

Il y a une solution qui irait vers la lutte contre la manipulation électorale et la manipulation de la publicité plus généralement: une archive publique complète de toutes les publicités en ligne. Karina Gould, ministre des institutions démocratiques du Canada, a reconnu les menaces de cyberattaques et d’influences étrangères sur les élections canadiennes, mais a rejeté en février bon nombre des solutions qui ont été proposées pour faire face à ces problèmes. Dans le même temps, elle s’est engagée à discuter avec les entreprises de médias sociaux sur ces questions, et veut voir des résultats vers le mois d’août 2018.

Elle a récemment souligné l’importance de la transparence algorithmique, et le Premier ministre Justin Trudeau a demandé à Facebook de corriger son problème de fausses nouvelles.

L’auto-réglementation ne fonctionne pas

Mais les appels aux entreprises de médias sociaux à se réguler sont trop peu, trop lents. Les partis politiques canadiens utilisent autant la publicité en ligne que n’importe qui d’autre. Le fondateur de «l’outil de guerre psychologique» de Steve Bannon a déjà travaillé pour le Parti libéral et la campagne de Barack Obama. De plus le PLQ a lancé une page Facebook pour «rétablir les faits» appelée: Actualités politiques Québec, dans laquelle des vidéos de différents ministres « rétablissent les faits ». Est-ce réellement une façon de rétablir les faits ou une façon « dissimulée » d’infléchir le choix des électeurs ?

Le Parti libéral et le gouvernement fédéral ont des liens et des partenariats avec Facebook et d’autres plateformes. Quoi qu’il en soit, le gouvernement libéral et tous les partis politiques devraient mettre en place des règlements pour aider à protéger l’intégrité de notre démocratie en s’assurant que les actions des sociétés de médias sociaux résisteront à l’examen public.

L’autorégulation n’est tout simplement pas suffisante

En octobre, Twitter a promis des archives publiques d’annonces sur sa plate-forme, mais a maintenant raté l’échéance fixée, ne parvenant pas à tenir sa promesse. Facebook a publié des informations limitées sur ses publicités disponibles pour les utilisateurs au Canada et prétend avoir des plans pour des archives d’annonces liées aux élections.

La soi-disant «Election Integrity Initiative» de Facebook promet une «ligne d’e-mail de crise des menaces cybernétiques» pour signaler les cyber-interférences suspectées. Mais comment connaîtrons-nous l’interférence sur Facebook si nous ne pouvons pas examiner les publicités sur Facebook ? Quand, le cas échéant, les projets d’archives publicitaires des médias sociaux se concrétiseront-ils ? Les initiatives d’auto-réglementation promises sont très loin de ce qui est nécessaire pour assurer une véritable transparence en ligne.

Les États-Unis et les archives d’annonces publiques

Aux États-Unis, l’Honest Ads Act exigerait que les plateformes en ligne fassent des archives publiques des publicités électorales, y compris une description de leur publique cible, interrogeable par le nom de l’acheteur de l’annonce, le nom du candidat qui est le sujet de l’annonce, le problème discuté dans l’annonce, ou par la date.

Le Canada devrait adopter une loi exigeant que les plateformes aient des archives publiques complètes et en direct de toutes les publicités ciblées en ligne, affichant l’annonce elle-même, sa source, le public visé, le montant dépensé, les impressions fournies et la démographie du public touché.

Dans le cas des publicités électorales, l’archive devrait également identifier le candidat et le problème qui fait l’objet de l’annonce. Les archives devraient être en ligne afin que les problèmes puissent être identifiés immédiatement – pas après la fin des élections.

Une archive publique complète est le seul mécanisme qui permettrait aux individus, aux journalistes, aux politiciens, aux entreprises et aux universitaires de mettre en lumière les campagnes publicitaires et les stratégies en ligne. Les plateformes en ligne ne devraient pas être laissées à l’autorégulation et produire des demi-mesures trop tardives.

Source : Macleans