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Le 4 juin à 18 heures, les analyses géologiques céderont la place au marteau d’un commissaire-priseur alors que le squelette fossilisé d’un gigantesque dinosaure prédateur, sera mis en vente à la Tour Eiffel à Paris, à la plus grande consternation de l’une des plus grandes sociétés paléontologiques internationales.

Un spécimen d’environ 150 millions d’années

On estime que ce spécimen de 8,7 mètres de long est complet à environ 70% et aurait entre 151 et 156 millions d’années. Il aurait été découvert légalement en 2013 dans le Wyoming, bien que les paléontologues qui l’ont mis au jour restent anonymes. Selon le catalogue promotionnel d’Aguttes, ce spécimen pourrait appartenir à une espèce précédemment inconnue, probablement un proche parent du prédateur Allosaurus fragilis. Eric Mickeler, membre de la Chambre européenne des experts-conseils en beaux-arts de Barcelone, qui supervise la vente aux enchères pour Arguttes, a déclaré à certains médias, que l’acheteur pourrait avoir son mot à dire dans le choix d’un nom scientifique pour les nouvelles espèces. Il estime que la valeur du spécimen serait entre 1,2 et 1,8 million d’euros.

Mais évaluer le statut scientifique d’un spécimen et le nommer s’il représente une nouvelle espèce, nécessiterait un accès et une analyse scientifiques – ce que la Société de Paléontologie de Bethesda, au Maryland, affirme qu’elle ne pourra pas faire, si le meilleur enchérisseur est un acheteur privé. Plus tôt ce mois-ci, les responsables de cette société ont écrit à Aguttes pour demander l’annulation de la vente. La lettre souligne que l’éthique professionnelle dicte qu’un spécimen peut être la base d’un nouveau nom seulement s’il est logé dans un musée reconnu.

Combien vaut ce spécimen ?

Ce spécimen va-t-il vraiment 1,2 million d’euros ? Les précédentes enchères de dinosaures, y compris celles de « Cliff » n’ont pas réussi à rencontrer les prix prévus. Le catalogue d’Aguttes souligne qu’un spécimen présentant des caractéristiques nettement distinctes doit être vendu à un prix élevé. Mais Kenneth Carpenter, un paléontologue à l’Université d’État de l’Utah, explique qu’il est loin d’être clair que ce dinosaure a les caractéristiques distinctes d’une espèce inconnue. Les os pourraient appartenir à un deuxième individu, explique-t-il.

Ce squelette de dinosaure peut en effet contenir les os de deux individus, selon Pascal Godefroit de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique à Bruxelles. Godefroit est l’un des rares paléontologues professionnels à avoir examiné ce squelette – en décembre 2016, il a visité l’atelier de Trieste, en Italie, où le spécimen était en préparation, et a proposé d’évaluer ce dinosaure. Ses notes écrites apparaissent dans le catalogue d’Aguttes, bien qu’il souligne qu’il ne savait pas que le spécimen finirait aux enchères lorsqu’il a accepté d’évaluer son importance scientifique. Godefroit explique que la mâchoire inférieure du dinosaure est particulièrement mince et sa patine d’os est différente de celle du crâne, ce qui pourrait laisser entendre qu’ils proviennent de deux animaux.

Faire de l’argent avec la science

D’une manière ou d’une autre, la vente est une mauvaise idée, affirme David Polly. «Vendre des fossiles à des prix élevés comme celui-ci tend à créer la perception qu’ils ont une valeur commerciale. Au cours des 25 dernières années, il est devenu de plus en plus difficile pour les paléontologues de travailler sur des terres privées, parce que les propriétaires pensaient qu’il y a de l’argent à faire et qu’ils voulaient faire payer pour que les scientifiques puissent y avoir accès. »

Mais il pense que cette vente aux enchères est susceptible d’aller de l’avant. Mickeler a répondu à la lettre suggérant que l’organisation scientifique à but non lucratif essaye d’acheter le fossile avec l’appui de riches donateurs. « Il a offert de nous donner un billet pour la vente aux enchères », conclut Polly.

Source : Science