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Depuis que l’Homme existe sur terre, il ne cesse de développer de nouvelles technologies, comme les arcs et les flèches, qui ont permis à des tribus de chasser avec une plus grande efficacité leurs proies, leur donnant un avantage pour progresser et évoluer plus facilement que les humains qui ne possédaient pas cette technologie. Mais d’où provient l’émergence de nouvelles idées. Des chercheurs de la Smithsonian Institution, ont découvert comment ce processus se produit chez l’humain.

la créativité est un mandat biologique

Un petit mollusque connu sous le nom d’ascidie fait quelque chose d’étrange. Il nage tôt dans sa vie puis trouve finalement un endroit pour se fixer comme une balane, puis absorbe son propre cerveau pour se nourrir. Pourquoi ? Parce qu’il n’a plus besoin de son cerveau. Il a trouvé sa maison permanente. Le cerveau est ce qui lui a permis d’identifier et de décider à quel endroit se placer, et maintenant que sa mission est accomplie, cette créature utilise les nutriments de son cerveau pour alimenter d’autres organes. La leçon de l’ascidie est que les cerveaux sont utilisés pour la recherche et la prise de décision. Dès qu’un animal est installé à un endroit, il n’a plus besoin de son cerveau.

Bien que nous ne mangions pas notre propre cerveau, notre besoin constant pour combattre la routine fait de la créativité un mandat biologique. En conséquence, une imagination débordante a caractérisé l’histoire de notre espèce: nous construisons des habitations complexes, élaborons des recettes pour notre nourriture, nous nous habillons de vêtements pour faire face aux changements climatiques, nous voyageons dans des embarcations sur les océans pour découvrir de nouvelles terres, et ce ne sont là que quelques exemples. Donc aucune facette de nos vies ne reste intacte, car elle est propulsée par notre ingéniosité.

La force innovante habite chaque cerveau humain, et la guerre qui en résulte contre le répétitif, est ce qui alimente les changements colossaux qui distinguent une génération de l’autre, une décennie de l’année suivante, une année de l’année suivante. La volonté de créer du nouveau, fait partie de notre composition biologique. Nous construisons des cultures par centaines et de nouvelles histoires par millions. Nous nous entourons de choses qui n’ont jamais existé auparavant, alors que les cochons, les lamas et les poissons rouges n’en ont pas.

D’où proviennent les nouvelles idées ?

Dans l’ensemble des activités humaines, l’art antérieur a propulsé le processus créatif. Considérez l’industrie automobile au début. Avant 1908, la construction d’une nouvelle voiture était laborieuse. Chaque véhicule était construit sur mesure, avec différentes pièces assemblées dans des endroits différents, puis minutieusement réunis. Mais Henry Ford a trouvé une innovation critique: il a rationalisé l’ensemble du processus, mettant la fabrication et l’assemblage sous un même toit. Du bois, du minerai et du charbon ont été chargés à une extrémité de l’usine, et le modèle Ts a été chassé par l’autre. Sa chaîne de montage a changé la façon dont les voitures ont été construites: plutôt que de garder la conception sur des stands et de déplacer les hommes, la chaîne de montage a gardé les hommes immobiles et a déplacé le travail qu’ils devaient accomplir. Grâce à ces innovations, les voitures ont quitté l’usine à un rythme sans précédent; une nouvelle industrie était née.

Mais l’idée de Ford de la chaîne de montage avait une longue généalogie. Eli Whitney avait créé des munitions avec des pièces interchangeables pour l’armée américaine au début du XIXe siècle. Cette innovation a permis de réparer un fusil endommagé à l’aide de pièces récupérées venant d’autres armes. Pour Ford, cette idée de pièces interchangeables était une aubaine: plutôt que d’adapter des pièces pour des voitures individuelles, les pièces pouvaient être fabriquées en vrac. Les usines de cigarettes du siècle précédent avaient accéléré la production en utilisant la production de flux continu – déplaçant l’assemblage à travers une séquence ordonnée d’étapes. Ford a vu le génie en cela, et a suivi, et la chaîne de montage elle-même était quelque chose que Ford a appris de l’industrie de la viande à Chicago. Ford a dit plus tard: «Je n’ai rien inventé de nouveau. J’ai simplement rassemblé dans une voiture les découvertes d’autres hommes derrière lesquels se trouvaient des siècles de travail.  »

L’exploitation de l’histoire se produit non seulement dans la technologie, mais aussi dans les arts. Samuel Taylor Coleridge était le poète romantique accompli: passionné, impulsif, avec une imagination fiévreuse. Il a écrit son poème « Kubla Khan » après un rêve induit par l’opium. Voici un poète qui semblait en conversation avec les Muses.

Créer de nouvelles formes

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Picasso a extrait les matières premières qui l’entouraient et, ce faisant, il a pu amener sa culture dans un endroit où il n’avait jamais été auparavant. Analyser les influences de Picasso ne diminue en rien son originalité. Ses pairs avaient tous accès aux mêmes sources que lui. Un seul a rassemblé ces influences pour créer Les Demoiselles d’Avignon, qui est considéré par plusieurs spécialistes en arts comme une œuvre très importante.

Tout comme la nature modifie les animaux existant pour créer de nouvelles créatures, de même le cerveau fonctionne à partir de précédents. Il y a plus de 400 ans, l’essayiste français Michel de Montaigne écrivait: Les abeilles pillotent de ça de là les fleurs, mais elles en font après du miel; ce qui n’existe pas au départ, donc à leur manière elles créent une œuvre. Même avec les pièces empruntées aux autres; nous les transformons et les fondons pour en faire une œuvre personnelle, ou comme le dit Steven Johnson, historien de la science moderne, «nous prenons les idées que nous avons découvert et nous les assemblons en de nouvelles formes. »

Qu’il s’agisse de fabriquer des voitures ou de créer de l’art moderne, les créateurs absorbent le monde dans leurs systèmes nerveux et le manipulent pour créer des futurs possibles. Considérez la graphiste Lonni Sue Johnson, une illustratrice prolifique qui a fait des couvertures pour le New Yorker. En 2007, elle a souffert d’une infection presque mortelle qui a paralysé sa mémoire. Elle a survécu, mais elle s’est retrouvée totalement amnésique, incapable de se souvenir de son mariage, de son divorce, ou même des gens qu’elle avait rencontrés plus tôt dans la journée.

Le réservoir de ses souvenirs s’était largement vidé, et l’écosystème de sa créativité s’est asséché. Elle a cessé de peindre parce qu’elle ne pouvait penser à rien de nouveau. Aucun modèle interne n’alimentait sa créativité, pas de nouvelles idées pour la prochaine combinaison de choses qu’elle avait vues auparavant. Quand elle s’est assise devant son journal, il n’y avait rien d’autre qu’un blanc. Elle avait besoin du passé pour pouvoir créer le futur.

La créativité de nulle part

Mais il y a sûrement des moments d’eurêka, quand quelqu’un est soudainement frappé par une idée qui se matérialise de nulle part. Prenez, par exemple, un chirurgien orthopédiste nommé Anthony Cicoria, qui en 1994 parlait à sa mère depuis un téléphone public à l’extérieur, quand il a été frappé par un éclair. Quelques semaines plus tard, il a soudainement commencé à composer. Au cours des années suivantes, présentant sa «Sonate éclairante», il a expliqué que sa musique lui avait été donnée par «l’autre côté». Si jamais il y avait un exemple de créativité venant de rien, Cicoria pourrait être l’une de ces personnes qui soudainement commence à créer.

Mais, en y regardant de plus près, Cicoria s’avère également s’appuyer sur les matières premières qui l’entourent. Il raconte qu’après son accident, il a développé un fort désir d’écouter de la musique pour piano du XIXe siècle. Il est difficile de savoir ce que la foudre a fait au cerveau de Cicoria, mais il est clair qu’il a rapidement absorbé ce répertoire musical. Bien que la musique de Cicoria soit belle, elle partage la même structure et la même progression que les compositeurs qu’il écoutait qui l’a précédé de près de deux siècles. Tout comme Lonni Sue Johnson, il avait besoin de matériaux pour en faire sien. Son soudain désir de composer peut provenir de nulle part, mais ce n’est pas le cas de son processus créatif de base.

Beaucoup de gens se sont imaginé dans les orages, en attendant que l’éclair créatif les frappe. Mais les idées créatives évoluent à partir des souvenirs et des impressions existantes. Au lieu que de nouvelles idées soient allumées par les éclairs, elles naissent parmi des milliards d’étincelles microscopiques qui s’entremêlent dans la vaste obscurité du câblage de notre cerveau.

Le câblage

En effet, des chercheurs ont découvert, que les personnes très créatives ont un « câblage de leurs cerveaux qui serait différent des personnes ordinaires » . Cette étude qui a été publiée le 15 janvier 2018 dans la revue ‘Proceedings of the National Academy of Sciences‘, démontre que le cerveau créatif est connecté différemment. Les nouvelles idées émergent par différentes voies, mais au final c’est grâce à elles que nous sommes propulsés dans un processus évolutif, qui pourrait bien être sans limite.

Source : Smithsonian Magazine