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Les chercheurs Emily Falk, et Michael Platt, professeurs agrégés en communication et en neurosciences respectivement, ont tenté de comprendre comment Facebook (et Twitter), peuvent révéler la façon dont les utilisateurs de ces réseaux sociaux utilisent leurs cerveaux.

Si on vous demande à peu près combien d’amis sur Facebook ou Twitter vous avez, vous pourriez peut-être donner une bonne réponse. Mais qu’en est-il de la forme de votre réseau social ? Par exemple, est-ce que les amis de votre réseau social se connaissent indépendamment, ou sont-ils indirectement connectés par votre intermédiaire ?

Le nombre de connexions prédisent une meilleure santé

Des décennies de recherche ont démontré que des connexions plus nombreuses et plus fortes prédisent une meilleure santé et un meilleur bien-être, mais la forme de votre réseau social est également importante. Les gens qui sont des «courtiers d’information» connectent des gens qui ne se connaissent pas autrement. Par exemple, pensez à des personnes qui peuvent être à la fois de bons joueurs de foot, mais également de bons chanteurs.

Souvent, ils reçoivent des promotions plus rapidement et un salaire plus élevé. Plus généralement, être un bon ami, un bon enseignant ou un bon gestionnaire exige souvent de prendre le point de vue des autres: voir le monde à travers leurs yeux et comprendre leurs joies et leurs peines. Ces capacités dépendent d’un circuit neuronal activé lorsque nous nous connectons avec d’autres. Une nouvelle série d’études démontre que la structure et la fonction de votre réseau social sont liées à la structure de votre réseau social.

Dans une étude, des chercheurs ont demandé à des adolescents (avec la permission de leurs parents) de donner accès à leur liste d’amis Facebook. Cela a permis de voir si les adolescents qui sont des « courtiers en information » utilisent le réseau de leur cerveau social différemment des adolescents dont les amis se connaissent tous.

Les chercheurs ont par la suite scanné leurs cerveaux pendant qu’ils prenaient des décisions sociales (comme recommander différents produits à leurs pairs). Ils ont constaté que les « courtiers en information » utilisaient davantage leurs réseaux sociaux cérébraux lorsqu’ils faisaient des choix sur ce qu’ils recommandaient aux autres que ceux dont les amis se connaissaient tous.

Les « courtiers en information » utilisent mieux leur cerveau social

Cela peut se produire parce que les « courtiers en information » ont plus d’occasions de se pratiquer en utilisant leur cerveau social lorsqu’ils traduisent des idées entre différents groupes de personnes. Plus largement, les gens qui vendent mieux leurs idées, littéralement et au sens figuré, ont aussi tendance à faire participer davantage ces régions du cerveau que les personnes qui ont moins de succès. Si l’on considère plus profondément le point de vue d’une autre personne (par exemple, avec qui je vais partager cette idée?) cela aidera son interlocuteur à mieux comprendre l’état mental de l’auditeur.

Des études sur des singes démontrent le même effet

Des études génétiques chez les humains et les singes indiquent que le matériel cérébral soutenant les interactions sociales est au moins partiellement hérité. Bien que la tendance à être sociable soit câblée en nous. Ces études sur les singes montrent également que le réseau social du cerveau réagit comme un muscle en fonction de l’utilisation. Lorsque les singes sont contraints de naviguer sur un réseau social plus grand, leurs réseaux sociaux du cerveau augmentent en taille et en connectivité. Ceci à son tour confère une plus grande capacité de se réseauter avec les autres.

L’idée que les réseaux sociaux cérébraux se développent avec leur utilisation est un point de vue important à considérer dans les contextes éducatifs et en milieu de travail. Ces observations suggèrent que l’accès à des réseaux sociaux plus larges et plus diversifiés peut fondamentalement changer la façon dont les gens utilisent leur cerveau lorsqu’ils prennent des décisions au jour le jour.

Chez les jeunes enfants également

Même plus tôt dans la vie, les recherches de l’équipe de Katherine Kinzler démontrent que les nourrissons et les jeunes enfants élevés autour de personnes parlant plusieurs langues – et donc plus expérimentés pour suivre différentes perspectives – peuvent mieux comprendre leur environnement, par rapport aux enfants élevés dans des environnements monolingues.

Comme les gens changent la façon dont ils utilisent leur cerveau au cours des interactions sociales, cela peut aussi avoir des effets indirects sur les autres – lorsque les gens communiquent, ils influencent la façon dont leurs interlocuteurs voient le monde. Par exemple, le travail de l’équipe d’Uri Hasson a démontré que plus l’activité suscite une idée dans le réseau social du cerveau d’un individu, plus cette personne a tendance à susciter une activité similaire dans les réseaux sociaux des autres quand ils communiquent.

Lorsque cela se produit, les deux cerveaux deviennent plus synchronisés (c.-à-d., montrent des modèles d’activité coordonnés pendant que l’interlocuteur parle et que l’auditeur écoute) et plus leur cerveau se synchronise, plus leur communication sont réussie.

Des racines profondément évolutives

La plupart des gens naissent avec une boîte à outils neurale de haute performance qui stimule leur désir de communiquer avec les autres et leur capacité à comprendre leurs pensées et leurs sentiments, mais apprendre à utiliser ces outils est essentiel pour les étudiants et les relations au travail. Cette boîte à outils a des racines profondément évolutives et est fondamentale pour ce que nous sommes en tant qu’espèce.

Comprendre la biologie de la connexion peut également apporter des avantages pratiques, par exemple en identifiant de nouvelles façons de stimuler la curiosité et l’engagement des élèves à l’école, de sélectionner des équipes, de suivre l’intégration des employés et de s’adapter à la culture d’entreprise. Cela peut aussi nous aider à développer de nouvelles façons de réduire la solitude – un facteur majeur de problèmes de santé allant des maladies cardiaques à l’épidémie actuelle d’opioïdes – et ainsi améliorer la santé et le bien-être.

Alors que nous analysons notre monde et que nous réfléchissons aux moyens de compenser le climat actuel de tribalisme politique et de déconnexion, la science de la connexion sociale est plus pertinente que jamais.

Évidemment nous pouvons ne pas être d’accord avec les résultats de cette étude, mais c’est un point de vue intéressant, et il serait dommage de le rejeter du revers de la main. Car bien que Facebook ne fasse pas l’unanimité auprès de nombreux experts, ce réseau est utilisé par près de 2 milliards de personnes, ce qui signifie que son influence est grande et l’étudier est devenue essentiel.