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L’effet placebo est un phénomène que la science a déjà élucidé. Cet effet proviendrait d’une zone précise du cerveau, appelée noyau accumbens, avec une sécrétion d’un neurotransmetteur appelé dopamine. Mais ce qui est le plus étrange c’est que cet effet peut également fonctionner, même si le patient sait qu’il a reçu un médicament factice.

En effet, des scientifiques ont découvert que les patients pouvaient bénéficier d’un traitement simulé, même si on leur disait qu’ils ne contenaient aucun ingrédient actif. Les résultats de leur étude suggèrent que l’effet placebo pourrait fonctionner sans la moindre tromperie de la part du médecin, comme on le pensait auparavant.

Le patient sait que c’est un médicament factice

Lorsqu’un patient reçoit un traitement factice – comme la prise d’une pilule de sucre – mais qu’il perçoit toujours une amélioration mesurable de son état, on parle d’effet placebo. Cependant, on pensait que l’effet ne fonctionnait que si le patient croyait que le traitement qu’il recevait contenait un ingrédient actif. Les traitements fictifs susceptibles de provoquer l’effet placebo sont souvent utilisés dans les essais cliniques en tant que groupe de comparaison, pour permettre aux scientifiques de mesurer les effets supplémentaires des médicaments expérimentaux.

Pour étudier les limites de l’effet placebo, le professeur Ted Kaptchuk du Centre de recherche Osher de la faculté de médecine de Harvard a divisé 80 patients souffrant du syndrome du côlon irritable (SCI) en deux groupes: l’un n’a reçu aucun traitement et l’autre a pris deux fois par jour une pilule. Les médecins ont dit au deuxième groupe qu’ils prenaient «des pilules placebo constituées d’une substance inerte, comme le sucre. Des études cliniques, ont démontré une amélioration significative des symptômes du SCI grâce à des processus d’auto-guérison du corps et de l’esprit».

«Non seulement nous avons clairement indiqué que ces pilules n’avaient aucun ingrédient actif et étaient fabriquées à partir de substances inertes, mais nous avions en fait imprimé le mot « placebo » sur le flacon», explique Kaptchuk. « Nous avons dit très clairement aux patients qu’ils n’avaient même pas à croire à l’effet placebo. Il suffisait de prendre les pilules. », explique-t-il.

Cela fonctionnait

Les résultats, publiés dans la revue scientifique PLoS ONE, ont montré que les pilules placebo étaient plus efficaces pour soulager les symptômes que de ne rien faire du tout. « Je ne pensais pas que cela fonctionnerait », a déclaré l’auteur principal Anthony Lembo du Centre médical Beth Israel Deaconess et un expert de l’IBS. « Je me sentais mal à l’aise de demander aux patients de prendre littéralement un placebo. Mais à ma grande surprise, cela semblait fonctionner pour plusieurs d’entre eux. »

Dans cette étude, les patients atteints de SCI ont été surveillés pendant trois semaines. Le groupe sous pilule placebo a montré des améliorations à mi-parcours et à la fin de la période, par rapport au groupe sans traitement. À la fin de l’étude, presque deux fois plus de patients traités par le médicament placebo présentaient un soulagement adéquat des symptômes par rapport au groupe témoin. Les patients prenant le placebo ont également doublé leur taux d’amélioration moyen par rapport aux médicaments les plus puissants.

« La prise en compte directe des effets placebo dans un contexte clinique a été problématique dans le passé, en raison de la croyance répandue que les réponses bénéfiques au traitement placebo, nécessitaient une dissimulation ou une tromperie », ont écrit les chercheurs dans PLoS ONE. « Cette croyance crée une énigme éthique: pour être bénéfique dans la pratique clinique, les placebos nécessitaient une tromperie, mais cela violait les principes éthiques du respect de l’autonomie du patient et du consentement éclairé. »

Exploiter cet effet est une priorité

Néanmoins, une récente enquête menée auprès de médecins aux États-Unis et publiée dans le British Medical Journal a révélé que seuls quelques médecins américains utilisaient des pilules et des injections inertes, contre environ la moitié des traitements qu’ils considéraient sans effet spécifique sur l’état des patients et étaient utilisés uniquement comme placebos. « Compte tenu de cette situation, trouver des moyens efficaces afin d’exploiter les réponses aux placebos, dans la pratique clinique sans tromperie est une priorité », ont écrit les chercheurs.

Kaptchuk et ses collègues ont averti qu’il y avait des limites dans leur étude, étant donné sa petite taille et sa durée limitée. Ils ont appelé leur résultat une étude pilote de «preuve de concept» qui devra être refait avec un plus grand nombre de personnes et sur des périodes plus longues, afin d’étudier les effets à long terme du placebo.

« Néanmoins, ces résultats suggèrent que la performance même du rituel médical peut avoir un impact significatif sur l’efficaité d’un médicament. Je suis enthousiaste à l’idée de l’étudier davantage. Le placebo peut fonctionner même si les patients savent qu’il s’agit d’un placebo. »

Source : The Guardian