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Alors que nous vivons pour la plupart dans des sociétés riches, le nombre de suicide ne cesse d’augmenter. Par exemple la France a un taux de suicide de 12,3 personnes pour 100 000 habitants, et au Canada, dix personnes se suicident à tous les jours. La chercheure Jean Twenge professeur à l’Université de San Diego, a tenté de trouver une explication à cette épidémie de malheur, et ce qu’elle a découvert est très intéressant.

Pourquoi cette épidémie de malheur ?

Certains d’entre nous sont génétiquement prédisposés à voir le monde à travers des lunettes roses, tandis que d’autres ont une vision généralement négative. Les mauvaises choses arrivent à tout le monde durant une vie. Les gens peuvent être méchants et les emplois peuvent être fatiguant. Mais nous avons un certain contrôle sur la façon dont nous passons nos loisirs. C’est une des raisons pour lesquelles il convient de se demander quels loisirs sont liés au bonheur et lesquels ne le sont pas.

Dans une nouvelle analyse faite auprès de 1 million d’adolescents américains, elle et ses coauteurs, ont examiné comment les adolescents passaient leur temps libre, et quelles activités étaient en corrélation avec le bonheur et celles qui ne l’étaient pas. Ils voulaient voir si les changements dans la façon dont les adolescents passent leur temps libre, pourraient expliquer en partie une baisse surprenante du bonheur des adolescents après 2012 – et peut-être la diminution du bonheur des adultes depuis 2000 également.

Un possible coupable émerge

Dans leur étude, ils ont analysé des données provenant d’une enquête représentative à l’échelle nationale auprès des élèves de huitième, dixième et douzième année, effectuée chaque année depuis 1991. Chaque année, les adolescents sont interrogés sur leur bonheur et la façon dont ils passent leur temps. Ils ont constaté que les adolescents qui passaient plus de temps à voir leurs amis en personne, à faire de l’exercice, à faire du sport, à assister à des services religieux, à lire ou même à faire leurs devoirs étaient plus heureux.

Cependant, les adolescents qui avaient passé plus de temps sur internet, à jouer à des jeux informatiques, sur les médias sociaux, à envoyer des SMS, à utiliser le chat vidéo ou à regarder la télévision étaient moins heureux. En d’autres termes, toute activité n’impliquant pas un écran était liée à plus de bonheur, et chaque activité impliquant un écran était liée à moins de bonheur. Les différences étaient considérables: les adolescents qui passaient plus de cinq heures par jour en ligne étaient deux fois plus susceptibles d’être mécontents que ceux qui passaient moins d’une heure par jour sur internet.

Bien sûr, il se pourrait que des personnes malheureuses recherchent des activités sur des écrans pour oublier leur malheur. Cependant, un nombre croissant d’études montrent que la plupart des causes vont de l’utilisation de l’écran à la tristesse, et non l’inverse.

Dans une expérience, les personnes assignées au hasard à abandonner Facebook pendant une semaine se sont retrouvées plus heureuses, moins seules et moins déprimées que celles qui continuaient à utiliser Facebook. Dans une autre étude, les jeunes adultes tenus d’abandonner Facebook pour leur travail étaient plus heureux que ceux qui gardaient leurs comptes. En outre, plusieurs études longitudinales montrent que le temps passé devant un écran conduit au mécontentement, mais que le malheur ne conduit pas à plus de temps passé devant un écran.

Si vous vouliez donner des conseils à vos enfants, en vous basant sur cette recherche, ce serait très simple: posez votre téléphone ou votre tablette et faites quelque chose; à peu près n’importe quoi.

Ce ne sont pas que des adolescents

Ces liens entre bonheur et l’emploi du temps sont des nouvelles inquiétantes, car la génération actuelle d’adolescents passe plus de temps devant des écrans que n’importe quelle génération précédente. Le temps passé en ligne a doublé entre 2006 et 2016, et 82% des élèves de 12e année utilisent désormais les médias sociaux chaque jour – contre 51% en 2008.

Bien sûr, le bonheur des adolescents s’est soudainement effondré après 2012 (l’année où la majorité des Américains possédaient des smartphones). Il en a été de même pour l’estime de soi des adolescents et leur satisfaction à l’égard de leur vie, en particulier leur satisfaction envers leurs amis, la quantité d’amusement qu’ils avaient et leur vie dans son ensemble. Ces baisses de bien-être se retrouvent dans d’autres études qui ont révélé une forte augmentation des problèmes de santé mentale chez la nouvelle génération, notamment les symptômes dépressifs, la dépression majeure, l’automutilation et le suicide.

Une tendance similaire pourrait se produire chez les adultes: les chercheurs ont constaté que les adultes de plus de 30 ans étaient moins heureux qu’il y a 15 ans et que les adultes avaient des relations sexuelles moins fréquentes. Plusieurs raisons peuvent expliquer ces tendances, mais les adultes passent également plus de temps devant des écrans qu’auparavant. Cela pourrait signifier moins de temps entre amis, y compris avec leurs partenaires sexuels. Les résultats : moins de sexe et moins de bonheur.

La Grande Récession

Bien que le bonheur des adolescents et des adultes ait chuté pendant les années de chômage élevé pendant la Grande Récession (2007-2012), le bonheur n’a pas rebondi après 2012, alors que l’économie se portait progressivement mieux. Au lieu de cela, le bonheur a continué de baisser au fur et à mesure que l’économie s’améliorait, rendant peu probable le retour des cycles économiques après 2012.

L’inégalité croissante des revenus pourrait jouer un rôle, en particulier pour les adultes. Mais si tel était le cas, on pourrait s’attendre à ce que le bonheur soit en baisse constante depuis les années 80, lorsque l’inégalité des revenus a commencé à augmenter. Au lieu de cela, le bonheur a commencé à diminuer vers 2000 pour les adultes et vers 2012 pour les adolescents. Néanmoins, il est possible que les préoccupations concernant le marché du travail et l’inégalité des revenus aient atteint un point critique au début des années 2000.

De manière assez surprenante, ils ont constaté que les adolescents qui n’utilisaient pas du tout les médias numériques étaient en réalité un peu moins heureux que ceux qui utilisaient un peu les médias numériques (moins d’une heure par jour). Le bonheur était alors progressivement inférieur avec de plus en plus d’heures d’utilisation. Ainsi, les adolescents les plus heureux étaient ceux qui utilisaient les médias numériques, mais pour un temps limité.

La solution

La réponse n’est donc pas d’abandonner complètement la technologie. Au lieu de cela, la solution est un adage familier: tout mais avec modération. Utilisez votre téléphone pour toutes les choses intéressantes, et allez faire autre chose, comme prendre un pot entre amis. Vous serez ainsi plus heureux.