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Alors que le Canada vient de légaliser le cannabis, une étude révèle que prendre une pause d’un mois sans consommer cette drogue, aide à dissiper le brouillard de la mémoire des jeunes. Ces résultats montrent que non seulement la marijuana altère les capacités des adolescents et des jeunes adultes à retenir de l’information, mais que ce trouble de la mémoire peut être réversible.

La marijuana altère la mémoire

Les scientifiques ont lutté pour trouver des réponses claires sur la façon dont la marijuana affectait le cerveau en développement, en partie parce qu’il est contraire à l’éthique de demander aux enfants de commencer à utiliser une drogue pour une étude, mais on peut faire le contraire », explique la neuropsychologue Randi Schuster. “Vous pouvez avoir des enfants qui consomment du cannabis et les payer pour qu’ils arrêtent.”

Pour cette étude publiée dans le Journal of Clinical Psychiatry, Schuster et ses collègues ont fait exactement cela. L’équipe a recruté 88 jeunes de la région de Boston âgés de 16 à 25 ans qui avaient déclaré consommer de la marijuana au moins une fois par semaine, et a offert à 62 d’entre eux de l’argent pour cesser de fumer pendant un mois. Les participants ont reçu plus d’argent au fur et à mesure de l’expérience, et les personnes qui gagnaient le plus d’argent mettaient 585 $ en banque pour leur mois sans cannabis.

Le truc de l’argent “a fonctionné exceptionnellement bien”, explique Schuster, chercheur au Massachusetts General Hospital de Boston et de la Harvard Medical School. Les analyses d’urine ont montré que 55 des 62 participants ont cessé de consommer de la marijuana pendant les 30 jours de l’expérience.

En plus des tests réguliers de dépistage des drogues, les participants ont subi des tests d’attention et de la mémoire. Des tâches délicates qui nécessitaient un suivi attentif de la séquence des nombres ainsi que de la direction et de l’emplacement de flèches, ces tests ont révélé qu’au cours du mois sans la consommation de cette drogue, la capacité des jeunes à retenir leur attention ne semblait pas affectée par leur nouvelle abstinence.

Mais les souvenirs des anciens utilisateurs ont été affectés. À peine une semaine après le début de l’expérience, les abstinents ont obtenu de meilleurs résultats aux tests de mémoire qu’au début de l’étude. Les jeunes qui ont continué à consommer de la marijuana ne se sont pas améliorés au test de la mémoire. Un aspect particulier de la mémoire, est la capacité à comprendre et à mémoriser des listes de mots.

Une partie de cette altération ne serait pas permanente

Ces résultats suggèrent que le cannabis nuit probablement à la capacité des jeunes à gérer de nouvelles informations. Mais il y a de bonnes nouvelles ici, explique Schuster. “D’après ces données, nous pensons qu’au moins une partie de cette déficience n’est pas permanente”, explique-t-elle. “Ce n’est pas gravé dans la pierre.”

Ces résultats soulèvent de nombreuses questions, affirme la neuropsychologue clinique April Thames, de l’Université de la Californie du Sud, à Los Angeles. Il s’agit d’un point de non-retour pour le cerveau en développement, affirme-t-elle. “Si quelqu’un consomme beaucoup de cannabis pendant une longue période, y a-t-il un point où ces fonctions ne peuvent plus se rétablir?”

Schuster et ses collègues prévoient de mener des études à plus long terme conçues pour répondre à cette question et à des questions comme celle de savoir si l’arrêt de la consommation de marijuana pendant six mois va de pair avec une amélioration du travail scolaire chez les jeunes de 13 à 19 ans.

La prudence est nécessaire

Mais bien qu’il y ait encore plusieurs points qui demeurent sans réponse, comme la façon dont la marijuana affecte les cerveaux en développement, ces derniers résultats suggèrent que la prudence est nécessaire, surtout à un moment où, à mesure que les lois changent, la marijuana devient de plus en plus disponible aux États-Unis et au Canada”.

Nous devrions vraiment insister auprès des enfants pour qu’ils retardent le plus longtemps possible la consommation de cannabis, en particulier les produits à forte teneur en substances psychoactives », conclut M. Schuster.