biodiversité-perte-médicaments-potentiel la forêt amazonienne au Brésil abrite une multitude d’espèces, qui pourraient être des sources de nouveaux médicaments.

Même nos ancêtres avaient des remèdes qu’ils pouvaient utiliser quand les besoins se faisaient sentir. Les Égyptiens, par exemple, arrachaient les feuilles et l’écorce des saules pour soulager leurs articulations, mais alors que la destruction de l’environnement se poursuit, allons-nous perdre le potentiel de trouver de nouveaux médicaments ?

La biodiversité décline

La raison pour laquelle les Égyptiens utilisaient le saule pour se guérir venait d’un ingrédient actif à l’intérieur de cet arbre appelé acide salicylique, il a été démontrer un peu plus, par le médecin grec Hippocrate, que cette substance pouvait soulager la fièvre et les douleurs. Deux à trois mille ans plus tard, les humains comptent toujours sur l’acide salicylique pour se soulager de plusieurs maux, mais sous la forme d’une adaptation synthétique appelée acide acétylsalicylique, mieux connu sous le nom d’aspirine.

La science moderne nous donne la capacité de modifier la chimie de composés comme celui-ci à la recherche de médicaments plus puissants, mais la nature continue d’être une énorme source de découverte de médicaments. En fait, le Fonds mondial pour la nature affirme que de tous les médicaments à petites molécules que nous avons découverts au cours des 25 dernières années, au moins 70 pour cent étaient de source naturelle ou des dérivées.

Des médicaments venant des plantes et insectes

Plusieurs viennent des plantes, des champignons et des bactéries, mais le règne animal a aussi un rôle à jouer. Au cours de la dernière année seulement, nous avons trouvé un composé dans le venin de l’araignée à toile-entonnoir qui pouvait tuer des cellules cancéreuses de la peau en laboratoire. Un autre exemple est un antibiotique dans le venin de serpent à sonnette qui pourrait se révéler vital dans la lutte contre les superbactéries. De plus, la semaine dernière, des scientifiques ont découvert un composé dans une mousse rare appelée hépatique aux propriétés anti-inflammatoires extrêmement prometteuses.

Il y a également un grand potentiel chez les insectes, qui pourraient nous apprendre comment construire de meilleurs appareils auditifs ou guérir la maladie de Parkinson, les moules qui sont capables de se lier aux surfaces sous-marines qui peuvent inspirer des colles chirurgicales, la capacité des piquants de porc-épic de pénétrer facilement la peau d’une victime, inspirant la recherche sur de nouveaux types d’aiguilles hypodermiques, et la liste pourrait se poursuivre encore longtemps.

Un rapport alarmant

Cette semaine, le Fonds mondial pour la nature (WWF) a publié son rapport « Planète vivante« ; une évaluation de l’impact de l’humanité sur la santé de la Terre. Les chiffres les plus frappants concernent un déclin des populations fauniques mondiales au cours des quatre dernières décennies. L’activité humaine, stimulée en grande partie par une demande croissante d’énergie et de nourriture, a éliminé 60 pour cent de tous les mammifères, oiseaux, poissons et reptiles depuis 1970.

Les scientifiques soutiennent que nous sommes au beau milieu d’une extinction de masse, la sixième de l’histoire de notre planète, seulement cette fois-ci, c’est nous, les humains, qui sont à blâmer parce que nous ne savons pas combien de millions d’espèces se trouvent dans les forêts, il est donc difficile de calculer combien s’éteignent chaque année, mais des experts affirment que le taux de perte serait entre 1 000 et 10 000 fois plus élevé que ce qu’il serait si les humains faisaient attention à la planète, en ne la polluant pas sans de façon irresponsable.

Considérez ceci; en 1980, des scientifiques qui étudiaient un ensemble de 19 arbres au Panama ont été surpris de découvrir 1 200 différentes espèces de coléoptères qui y vivaient, dont 80% étaient auparavant inconnues de la science. Pendant ce temps, nous avons coupé 20% de la forêt Amazonienne en 30 ans.

Simon Elsässer est chercheur au Département de biochimie médicale et de biophysique du Karolinska Institutet de Suède a été coauteur d’un article dans le Journal of Global Health soulignant les menaces causées par la diminution de la biodiversité. Il explique que, bien que la perte d’espèces animales décrite dans le rapport du WWF soit « alarmante », ce n’est qu’un avant-goût de ce que nous perdons réellement à cause de la dégradation de l’environnement.

Des millions d’organismes peuplent notre planète

« Pour chaque millier d’espèces animales et végétales bien évaluées à ce jour, il y a des millions d’organismes unicellulaires qui peuplent notre planète, de la mer la plus profonde à la plus haute montagne », explique-t-il. « Nous n’avons même pas une estimation approximative de la diversité qui réside dans ces organismes simples mais importants, et nous devons supposer qu’il est en déclin extrêmement rapide étant donné la pollution de l’eau et de l’air. »

De tous les problèmes de santé mondiaux que nous rencontrons dans l’avenir, la résistance aux antibiotiques est aussi alarmante. Il s’agit de la capacité des bactéries à développer une résistance à nos meilleurs antibiotiques, ce qui les rend inutiles. Certains experts s’inquiètent que si aucune action n’est prise, les superbactéries pourraient tuer 10 millions de personnes par an d’ici 2050, en résumé nous nous retrouverions à l’âge sombre de la médecine. Pour Elsässer, la menace imminente des superbactéries est une raison suffisante pour protéger l’abondance de molécules naturelles qui reste à découvrir

« Nous avons absolument compter sur l’ingéniosité de millions d’années d’évolution se manifeste dans les millions de petits organismes qui coexistent et s’affrontent, » explique Elsässer. « Seule une recherche systématique sur la biodiversité moléculaire de notre planète nous fournira de nouvelles familles de médicaments qui pourraient être en mesure de limiter une crise mondiale de résistance aux antibiotiques. »

Par exemple, le Dr Ross Piper, zoologiste et chercheur à la Royal Geographical Society du Royaume-Uni, décrit une hormone dans la salive d’un lézard venimeux appelé le monstre de gila, qui produit de l’insuline pour maintenir à la normal le niveau de glucose du sang des animaux.

Une version synthétique de cette hormone appelée exénatide est maintenant utilisée pour traiter le diabète de type 2 et a rapporté 767 millions de dollars US de ventes en 2014. Pourtant en dépit de cette découverte, le monstre de gila, est classé comme quasi menacé en raison du changement climatique et de la perte d’habitat découlant du développement dans le sud-ouest américain.

La nature contribue au bien-être des humains

Il y a d’innombrables exemples de la façon dont la nature peut contribuer à la santé et au bien-être des humains, mais combien de monstres de gila, de saules et de mousses d’hépatiques perdrons-nous avant même d’avoir eu la chance de les connaître? Soutenue par des millions d’années de résolution de problèmes évolutifs, la nature nous présente un catalogue moléculaire sur lequel nous n’avons même pas encore commencé à tourner les pages.

« Nous avons à peine gratté la surface parce qu’il y a tellement d’espèces autour de nous, probablement des milliards d’espèces animales seulement », explique Piper. « Historiquement, il a été très difficile d’obtenir des quantités suffisantes de matériel pour permettre la caractérisation, et nous avons l’arrogance de supposer que la chimie combinatoire peut faire mieux que plus de trois milliards d’années d’évolution. »

Tout cela donne une image déconcertante de la rapidité avec laquelle la perte de diversité épuise nos futurs stocks de médicaments qui pourraient sauver des vies. La technologie et la science s’améliorent tout le temps, mais la façon dont les choses vont, nous n’aurons tout simplement pas les mêmes ressources pour y puiser l’inspiration dont nous avons, ou la même variété de mécanismes naturels à étudier dans nos efforts pour surmonter les maladies.

Il n’est donc pas surprenant que des scientifiques comme Piper et Elsässer plaident en faveur d’efforts accrus pour protéger la biodiversité, en finançant davantage les programmes de recherche qui rapportent de l’argent aux communautés humaines, encourageant en fait une relation durable entre nous et des parties vitales de la terre.

Prendre conscience des coûts associés à la perte de la biodiversité

« Nous croyons que le public, les décideurs politiques et les entrepreneurs doivent prendre conscience des énormes coûts sociaux associés à la perte rapide de la biodiversité », affirme Elsässer. « Nous devons reconnaître que le changement climatique, la perte de diversité mondiale et la crise de la résistance aux antibiotiques ne sont pas trois risques isolés, mais, en fait, ils sont les symptômes du même problème mondial; l’exploitation irresponsable et non durable des ressources naturelles. »

De l’avis de Piper, rien de moins qu’une révision radicale de la façon dont nous abordons les choses comme la nourriture sera vraiment efficace pour résoudre le problème de la perte de la biodiversité.

« La biosphère est en difficulté. Les preuves sont nombreuses, qu’il s’agisse de déclins abrupts de la diversité des insectes ou d’énormes phénomènes de blanchiment des coraux. À court terme, nous devons mettre fin à l’agriculture industrielle et aux énormes apports d’engrais et de pesticides dont elle a besoin. Il faudra pour cela briser l’emprise des entreprises agro-chimiques. Nous devons créer d’énormes zones protégées dans les océans qui seraient interdites à la pêche et à l’exploitation minière. », explique Piper.

Il existe de nombreux liens entre le bien-être de l’environnement et celui de l’espèce humaine, allant de la préservation des ressources en eau douce à la préservation des sols fertiles, en passant par les capacités d’absorption du carbone et de la purification de l’air par les forêts. Mais y a-t-il un lien plus explicite avec la destruction de l’environnement et notre propre mortalité que la destruction des énormes stocks de médicaments qui pourraient un jour nous sauver la vie?