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Une nouvelle étude a révélé que l’activité humaine dissout les fonds marins. L’excès de dioxyde de carbone ne s’accumule pas seulement dans l’atmosphère – les océans s’accrochent aussi à d’autres substances, les diluants comme la soude. Au fur et à mesure que les mers se réchauffent et deviennent plus acides, toutes sortes de ravages sont causés, et une nouvelle étude a permis d’identifier un autre symptôme.

Les mers deviennent acides

Des chercheurs de l’Université de Princeton et de l’Université McGill au Canada ont découvert que le plancher océanique commence à se dissoudre à cause de l’activité humaine. Selon la Smithsonian’s Ocean Portal organization, environ 525 milliards de tonnes de CO2 ont été absorbées par les océans du monde depuis le début de l’ère industrielle, ce qui rend l’eau de mer jusqu’à 30 pour cent plus acide qu’il y a 200 ans. Cela en fait le changement le plus rapide jamais connu dans la chimie des océans en 50 millions d’années environ, et les effets sont déjà dévastateurs.

Un fond marin sain est principalement fait de calcite, qui provient des restes décomposés de plancton et d’autres créatures marines. Mais l’augmentation des niveaux de CO2 augmente rapidement l’acidité et dégrade la calcite. Dans les zones les plus durement touchées, comme l’Atlantique Nord et les océans du Sud, ce matériau normalement blanc crémeux devient de couleur marron boueux.

Cette nouvelle étude s’est penchée sur l’étendue du fond marin en voie de disparition et sur le degré de l’influence humaine. Fondamentalement, les parties les plus profondes de la mer sont déjà assez acides, grâce à une pression plus élevée, une température plus basse et du CO2 stocké. Mais plus près de la surface, les conditions sont moins hostiles, ce qui signifie que les particules de carbonate de calcium s’accumulent sur le fond marin à des profondeurs moins profondes. Le point où les deux transitions s’appellent la profondeur de compensation de calcite (CCD).

Une augmentation de 300 mètres

Cette profondeur est l’une des principales mesures de la dissolution du fond marin, puisque tout ce qui est en dessous de ce point se dissoudra. Cette étude a examiné des bases de données récentes sur la chimie de l’eau de fond et d’autres conditions dans l’ouest de l’Océan Atlantique Nord, et a révélé que le CCD y a augmenté d’environ 300 mètres depuis le début de l’ère industrielle.

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En laboratoire, l’équipe a recréé le plancher océanique à différentes profondeurs, afin de mieux comprendre les facteurs qui influencent la dissolution de la calcite. En modélisant et en comparant les taux de dissolution du fond marin de l’ère préindustrielle et de l’ère moderne, l’équipe a pu calculer la quantité qui peut être qualifiée d’anthropique. Dans l’Atlantique Nord, ce pourcentage se situait entre 40 et 100%.

« Depuis des décennies, nous surveillons les niveaux croissants de dioxyde de carbone anthropique qui se déplace de l’atmosphère vers l’océan profond », déclare Robert Key, coauteur de l’étude. « Bien que cela soit prévu, il n’en est pas moins remarquable que nous puissions maintenant documenter une influence directe de ce processus sur les sédiments carbonatés. Il sera vraiment intéressant de voir si nous pouvons soutenir davantage ce résultat avec de nouvelles données générées par des flotteurs autonomes dans l’océan Austral. »

Prédire la vitesse de la dissolution

Les prochaines étapes de l’équipe consisteront à modéliser les fonds marins en se basant sur les prédictions de futurs scénarios de dioxyde de carbone, afin de déterminer la vitesse à laquelle les fonds marins pourraient se dissoudre au cours des prochains siècles.

Cette recherche a été publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences.

Sources : Princeton University, McGill University