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Le Canada possède d’énormes réserves d’eau douce. Par exemple le Lac Supérieur d’une superficie de 82 350 kilomètres carrés, fait de ce bassin le plus grand lac en Amérique du Nord. Mais à cause du changement climatique, les réserves en eau potable sont en danger. En effet, les Canadiens ne peuvent plus s’assurer de sources d’eau abondantes, sûres et sécurisées.

Le Canada et ses réserves en eau douce sont en danger

Alors que les températures mondiales continuent d’augmenter, les glaciers fondent, le pergélisol dégèle, les débits des rivières deviennent imprévisibles et les lacs se réchauffent et se remplissent d’algues toxiques.
La science nous dit que l’eau se déplace dans un cycle à un rythme accéléré, en changeant fondamentalement les conditions météorologiques et les précipitations. Les preuves d’un tel changement au Canada sont en augmentation, avec des dégâts plus fréquents et extrêmes dus aux inondations, aux sécheresses et aux incendies de forêt.
Un climat en mutation et un cycle hydrologique perturbé amplifient également les effets négatifs du développement et de la pollution sur les bassins hydrographiques et nuisent à la vie aquatique dans les voies navigables d’un océan à l’autre.

Augmentation des coûts

Les impacts de ces changements rapides sur la disponibilité et la qualité de l’eau sont coûteux. Ils nuisent à la santé des écosystèmes et à la fonction des parcs et des aires protégées de classe mondiale, aux modes de vie traditionnels et de subsistance, aux infrastructures construites et à la production alimentaire et énergétique.
La qualité des sources d’approvisionnement en eau potable dans les communautés rurales et autochtones s’est considérablement dégradée au cours des dernières décennies. Plus de 100 avis d’eau non potable ont été émis dans des réserves au Canada en 2015, obligeant certaines réserves des Premières nations à faire bouillir leur eau, à payer pour la fourniture d’eau ou à la transporter d’une station de remplissage en eau potable.
Les préoccupations et les conflits liés à l’eau sont au cœur de la résistance du public et du manque de confiance envers les projets d’exploitation des ressources ayant des conséquences économiques et sociales importantes, tels que l’agrandissement du pipeline Trans Mountain. Pendant ce temps, le coût des inondations et de la sécheresse pour les familles, les villes, le secteur des assurances, les entreprises et finalement le gouvernement fédéral monte en flèche et est insoutenable.

Le budget fédéral

Dans son dernier budget, le gouvernement fédéral a soulevé la question de l’eau en s’intéressant à deux domaines principaux: l’eau potable dans les communautés autochtones et les effets du changement climatique sur les ressources en eau des Prairies.
Le gouvernement fédéral a prévu 739 millions de dollars supplémentaires dans son budget pour éliminer les avis concernant la consommation d’eau non potable dans les réserves. Depuis 2015, le gouvernement fédéral a dépensé 2 milliards de dollars pour améliorer l’accès à de l’eau potable salubre et propre dans les collectivités des Premières nations. En mars 2019, il avait levé 81 avis à long terme concernant l’eau potable, laissant 59 avis en place. Il prévoit de supprimer tous ces avis à long terme concernant l’eau potable d’ici 2021.
Cet objectif louable vise à traiter les symptômes, mais pas les problèmes d’eau essentiels des communautés autochtones. Les droits inhérents à l’eau, les lois et les juridictions des peuples autochtones, en plus des traités négociés, des revendications territoriales et des accords de gouvernance, indiquent leur rôle en tant que partenaires à part entière dans la prise de décision concernant l’utilisation des ressources en eau et des terres.
Mais cela n’a pas encore été réalisé. Une action concrète nécessite la conception de plans cohérents et complets et de protections pour les eaux traversant leurs communautés et leurs territoires traditionnels.
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Le budget fédéral prévoyait également un million de dollars pour élaborer une stratégie visant à atténuer les pressions exercées sur les ressources en eau des Prairies, qui menacent les agriculteurs et les éleveurs. Les Prairies ont souffert de la sécheresse débilitante, des inondations et de la dégradation de la qualité de l’eau. La façon dont cette stratégie intégrera les préoccupations, les intérêts et les droits des Premières Nations de la région restent à régler.
Ces investissements dans l’eau seraient plus efficaces s’ils étaient intégrés dans un programme fédéral relatif à l’eau douce qui coordonnait sa conception et sa mise en œuvre avec les provinces, les territoires et les peuples autochtones.
Il pourrait s’inspirer de la culture de l’innovation des secteurs privés et publics et de la base existante de connaissances occidentales et autochtones pour élaborer des solutions solides qui positionneraient le Canada en tant que chef de file des solutions relatives à l’eau sur la scène mondiale.

Les chemins vers des solutions

La plupart des décisions de gestion de l’eau sont prises localement par les juridictions provinciales et autochtones. Pourtant, la majorité des principaux bassins fluviaux et lacustres chevauchent des frontières, des droits et des responsabilités, ce qui nécessite la participation de multiples provinces et communautés autochtones – et parfois des États-Unis.
Le gouvernement fédéral peut jouer un rôle important dans quatre domaines-clés:

  1. Créer un centre canadien de sécurité des eaux qui mesure, recherche, prévoit, stocke et diffuse des informations complètes sur les eaux de surface, les eaux souterraines, les flux de neige et des glaciers, le stockage et la qualité, et aider les collectivités, l’industrie et les gouvernements à faire face aux problèmes d’eau, y compris les inondations, les prévisions de sécheresse et de la pollution de l’eau.
  2. Créer une Commission nationale de l’eau qui renforce la gestion de l’eau transfrontalière, accorder la priorité à la protection de bassins hydrographiques et de lacs sains et intacts, et orienter la gestion de l’eau et les stratégies d’atténuation et d’adaptation au climat liées à l’eau.
  3. Renforcer la réconciliation avec les peuples autochtones en veillant à ce que la loi canadienne sur l’eau soit conforme à la déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et en adoptant une approche de corédaction basée sur le consentement pour le renouvellement de la loi en partenariat avec les gouvernements autochtones.
  4. Améliorer la planification concertée des bassins hydrographiques en établissant des partenariats durables pour la gestion de l’eau et la prise de décisions avec les provinces, les territoires et les gouvernements autochtones, afin de renforcer la résilience aux événements extrêmes, d’identifier les zones prioritaires pour la restauration des bassins hydrographiques et de répondre aux besoins des écosystèmes à tous les niveaux. de juridiction et d’autorité.

L’activation de ces solutions en matière d’eau pourrait faire économiser au Canada des milliards de dollars en évitant d’endommager les infrastructures et les écosystèmes et en réduisant les paiements en cas de catastrophe. Le gouvernement fédéral peut cibler avec soin les dépenses existantes et soutenir financièrement les modifications apportées à la loi sur les ressources en eau d’un Canada modernisé.

Le statu quo n’est plus possible

Il n’est plus souhaitable – ni même possible – de maintenir le statu quo en matière de gestion de l’eau et de gouvernance au Canada. Les ressources en eau de notre pays évoluent rapidement, sous l’effet du changement climatique, de la modification de l’hydrologie et de la fragmentation du processus décisionnel relatif à l’eau dans des bassins hydrographiques et des territoires partagés.
La nouvelle crise de l’eau affecte la sécurité des Canadiens face aux événements extrêmes et mine la confiance du public dans la capacité du gouvernement à protéger les habitations contre les inondations et les incendies, à fournir une nourriture adéquate en période de sécheresse, à fournir de l’eau potable et à assurer des voies de circulation propres à la pêche et à la baignade.
Mais le gouvernement fédéral peut rendre les endroits où nous vivons plus résilients et moins vulnérables au changement climatique. Et cela peut placer le Canada sur la scène mondiale en montrant au monde comment bâtir une sécurité de l’eau durable dans un monde de plus en plus incertain.

Les auteurs de ce texte reconnaissent les contributions de Tony Maas, Ralph Pentland, Michael Miltenberger, Merrell-Ann Phare, Oliver Brandes, Natasha Overduin et Robert Sandford, qui font partie de l’Initiative canadienne pour la sécurité de l’eau.
Source : The conversation
Crédit photo sur Unplash : Ivars Krutainis  /   Johny Goerend