Comprendre les risques relatifs versus les risques absolus

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Y a-t-il quelque chose qui n’a pas été prétendu causer le cancer? Au cours des dernières années, nous avons notamment appris que la consommation d’une tasse de thé très chaude multipliait par huit le risque de cancer de l’œsophage; qu’un quart de pamplemousse par jour augmentait le risque de cancer du sein de 30% chez les femmes ménopausées; et, le plus délicieux, qu’un sandwich au bacon consommé à tous les jours augmentait le risque d’avoir un cancer de l’intestin de 20%. Cette dernière découverte a fait la une du tabloïd britannique, The Sun.

Une astuce utilisée par plusieurs revues scientifiques

Ces assertions peuvent être valables ou non, mais elles cachent une source de confusion plus importante et plus insidieuse. Les chiffres cités mesurent les risques relatifs: c’est-à-dire dans quelle mesure vous êtes plus susceptible de tomber malade lorsque vous manger une substance ou vous pratiquez une activité supposément dangereuse par rapport à ne rien faire, dans les deux cas.

Mais ils ne vous disent rien sur ce que cette augmentation de risque en termes absolus, il n’y a donc aucun moyen de dire si cela vaut la peine de s’inquiéter. «Pour une personne moyenne, le risque de développer un cancer de l’intestin à un moment de sa vie est d’environ 5%», explique David Spiegelhalter statisticien britannique à l’université de Cambridge. Ainsi, une augmentation relative de 20% du risque de cancer de l’intestin se traduit par une augmentation absolue du risque de 5% à 6%, soit à peine 1%. C’est assez gros pour ne pas l’ignorer, mais moins dissuasif pour ceux qui mangent leur sandwich au bacon quotidiennement.

Les journalistes ne sont en aucun cas les seuls à exploiter le plus grand potentiel du risque relatif qui fait la une des journaux; les professionnels de la santé le font aussi. «L’un des trucs les plus trompeurs, mais assez courant, consiste à utiliser les risques relatifs lorsqu’on parle des avantages d’un traitement, tandis que les inconvénients potentiels sont exprimés en risques absolus», explique Spiegelhalter.

Cette technique est connue sous le nom de « mismatched framing ». Le psychologue Gerd Gigerenzer, de l’Institut Max Planck pour le développement humain à Berlin, en Allemagne, cite l’exemple de la brochure d’information destinée aux patients concernant le traitement hormonal substitutif. Le THS réduirait le risque de cancer de l’intestin de 50% (un risque relatif), mais conduirait à 6 cas supplémentaires de cancer du sein pour 1000 femmes (un risque absolu). À première vue, le bénéfice semble ici largement compenser le risque supplémentaire de cancer du sein de seulement 0,6%.

Mais jusqu’à ce que nous connaissions les taux absolus du cancer de l’intestin dans la population cible, nous ne sommes pas plus informé. En supposant que ce taux soit de 5%, comme c’est le cas dans la population en général, la réduction du risque est de 2,5%, ce qui met le ratio avantages / risques sous un jour très différent.

Des revues prestigieuses utilisent cette astuce

Une fois que vous êtes au courant de cette astuce, il est relativement facile à détecter, mais cela ne l’élimine pas, même dans les revues médicales révisées par des pairs, selon une étude publiée en 2007, un tiers des articles faisant état des avantages et des inconvénients des interventions médicales, dans BMJ, the Lancet et le Journal of American Medical Association, présentait les résultats en combinant différentes mesures.

Cette recherche a été publiée dans Health, Risk & Society.

Source : New Scientist
Crédit photo sur Unsplash : Jérémy Stenuit

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