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Les émissions mondiales se poursuivant sans relâche, les changements climatiques progressent à un rythme effarant. Mais une équipe de scientifiques de l’UC Santa Barbara et de l’Université RWTH d’Aachen en Allemagne pense avoir une nouvelle destination pour l’ensemble des émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère: les produits chimiques.

Réutiliser le CO2 pour produire du plastique

La production de produits chimiques émet des quantités stupéfiantes de gaz à effet de serre via l’énergie qu’elle consomme et les matières premières à base de carbone qu’elle utilise. Sangwon Suh, professeur à la Bren School of Environmental Science & Management de l’Université de Santa Barbara, et ses collègues chercheurs, voient une opportunité de détourner ces milliards de tonnes de CO2 vers la chaîne d’approvisionnement en produits chimiques, si le monde peut créer suffisamment d’énergie renouvelable, l’effort en vaut la peine. Leur analyse figure dans PNAS.
L’idée de l’équipe est très simple et très ingénieuse, la production de produits chimiques – une industrie englobant des secteurs aussi divers que les lubrifiants, les peintures et les plastiques – représente plus de 3,3 milliards de tonnes de CO2 par an, soit l’équivalent des autres gaz à effet de serre. Suh a récemment publié le premier rapport complet sur les émissions de carbone des plastiques, dans lequel lui et son coauteur ont découvert que les plastiques représentaient à eux seuls l’équivalent de 1,8 milliard de tonnes d’émissions de CO2 par an – ils se sont donc demandé, si cette quantité de CO2, ne pourrait-elle pas être réutilisée pour produire du plastique.
« C’est une opportunité, car les plastiques sont en grande partie à base de carbone. Si nous pouvons utiliser le dioxyde de carbone comme source de carbone pour ces plastiques et produits chimiques, nous pouvons alors capter et stocker une grande quantité de CO2 dans les plastiques qui auraient autrement été émis, tout en créant de la valeur. »

Cette technique pourrait éliminer jusqu’à 3,5 milliards de tonnes de CO2

Il constituerait une source renouvelable de composés carbonés et présenterait l’avantage supplémentaire de retirer le CO2 de l’atmosphère. De plus, utiliser le carbone capturé compense en partie les coûts de sa captation, un défi économique majeur pour les efforts de séquestration du carbone. La technique de captage pourrait éliminer jusqu’à 3,5 milliards de tonnes de CO2, ou l’équivalent des autres gaz à effet de serre par an.
Cependant, ce processus augmenterait la demande totale en énergie, principalement parce qu’elle aurait également besoin d’hydrogène, qui est généralement produit à partir de l’eau par électrolyse. L’énergie renouvelable permettrait de répondre à ces demandes, faute de quoi ce processus émettrait plus de carbone que le simple fait de s’approvisionner traditionnellement via des réserves de combustibles fossiles.
Cette idée pourrait permettre de réduire les gaz à effet de serre. Car «plusieurs scientifiques commencent à avoir l’impression que les efforts pour réduire le CO2 ne pourront pas nous maintenir à une augmentation de la température moyenne mondiale de 1,5 à 2 degrés Celsius.
Ce sont les objectifs fixés par les Nations unies à la suite du rapport du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) afin de prévenir les catastrophes climatiques. Pour respecter ces objectifs, il faudrait réduire les émissions nettes à zéro d’ici la seconde moitié du siècle, a déclaré Suh, qui a été l’auteur principal responsable de la coordination du rapport 2014 du groupe.
À l’heure actuelle, nous émettons environ 50 milliards de tonnes de CO2 par an, a déclaré Suh. Cela ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre ni assez de temps pour résoudre ce problème. Cependant, il pense qu’il est également dangereux d’avoir une vision trop optimiste du potentiel de capture du carbone. «Notre étude représente la première évaluation mondiale du potentiel de la capture, en matière d’atténuation des émissions de carbone et nous avons constaté qu’il en fallait beaucoup pour sauver le monde», a déclaré Suh. La capture du carbone permettrait de résoudre ce problème même si nous manquons nos objectifs.

La capture ne sauvera pas le monde mais aiderait à réduire le CO2

« Nous ne pensons pas que la capture pourrait sauver l’environnement mondial », a déclaré Suh, « bien qu’elle puisse avoir un potentiel local, où il y a une offre excédentaire d’électricité renouvelable. Mais pour parvenir à réduire le CO2, cette idée pourrait temporairement aider certains pays à réduire leurs émissions en les réutilisant.
Source : University of California – Santa Barbara
Crédit photo sur Unsplash : Alexander Tsang