La France : le pays le plus sceptique quant à la science et aux vaccins

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Quelle surprise. La France, berceau du Concorde, le premier pays à avoir fait une greffe partiel du visage et premier pays à avoir isolé le VIH, se méfie davantage des vaccins et de la valeur économique de la science que plus de 140 autres pays, selon une enquête mondiale sur les attitudes du public à l’égard de la science et de la santé.

La France le pays le plus sceptique quant aux vaccins et à la science

Mais les scientifiques français disent que le scepticisme est familier et n’affecte pas leur travail; Certains suggèrent que cela reflète plutôt une méfiance profonde envers les institutions. «Nous pensons qu’il y a un problème de confiance envers le gouvernement, en particulier envers les autorités de la santé», déclare Pierre Verger, épidémiologiste qui étudie le scepticisme à l’égard de la vaccination au sein de l’institut français de recherche biomédicale INSERM à Marseille.

Lorsqu’on leur a demandé si les vaccins étaient sans danger, un tiers des 1000 français interrogés dans ce sondage étaient en désaccord – beaucoup plus que dans les autres pays. (Aux États-Unis, 11% étaient en désaccord.) Selon le sondage mené par le Gallup World Poll pour le Wellcome Trust, un organisme de bienfaisance biomédical basé à Londres, la méfiance ne variait pas beaucoup selon l’âge, le sexe ou l’éducation.

Les recherches de Verger suggèrent des scandales en santé très médiatisés. En 2009, par exemple, des années après les autres pays, les régulateurs français ont retiré leur approbation pour le Mediator, un médicament contre le diabète à base d’amphétamine associé à des centaines de décès, en raison d’inquiétudes indues de la part de l’industrie. Les Français ont également été mécontents des campagnes de santé publique, telles qu’une vaccination de masse coûteuse contre la grippe porcine la même année. « La France est l’un des rares pays où [de telles controverses] ont été si fréquentes », a déclaré Verger.

Un pessimisme quant à la valeur économique de la science

L’enquête révèle également le pessimisme français quant à la valeur économique de la science. Quelque 55% affirment qu’ils voient la science et la technologie comme une menace pour les emplois locaux au cours des cinq prochaines années. Bien que la France soit le seul pays à avoir dépassé les 50% sur cette question, une morosité similaire touche d’autres parties de l’Europe.

Alors que la plupart des régions d’Afrique et d’Asie sont optimistes quant à la science qui améliore les perspectives d’emploi. L’enquête suggère que la morosité de l’économie française et un taux de chômage relativement élevé sont des causes plausibles. Cette peur de l’avenir est compréhensible, explique Catherine Pélachaud, chercheuse en intelligence artificielle (IA) à la Sorbonne, à Paris. « Nous voyons des usines fermer et il peut être très difficile pour des personnes moins qualifiées de s’adapter. »

Il pourrait être injuste de dire que la France a une aversion pour la science sur la base d’une seule enquête. Selon une enquête OpinionWay menée en France en 2017 par 1059 personnes en France et commandée par Quattrocento, un incubateur scientifique d’entreprises basé à Paris, l’enthousiasme suscité par certaines technologies est très développé.

Il en ressort que plus des trois quarts des personnes interrogées avaient bon espoir dans la recherche sur les transports et les énergies renouvelables. Dans le même temps, environ les deux tiers étaient préoccupés par la recherche sur l’énergie nucléaire et les études sur les aliments génétiquement modifiés (GM). Le gouvernement français, leader mondial dans la production d’énergie nucléaire et l’exportation de sa technologie, a largement ignoré la dissidence publique dans ce domaine, mais il a repris ses soupçons concernant les aliments génétiquement modifiés, en interdisant par exemple la culture du maïs génétiquement modifié.

Des scientifiques français ne sont pas surpris par ces résultats 

Certains scientifiques français ne sont pas surpris par les résultats de cette enquête et soulignent que les opinions ne sont pas toujours corrélées au comportement. Parmi les parents français interrogés, 91% déclarent que leurs enfants sont vaccinés, ce qui correspond à la moyenne mondiale de 92%. «C’est le paradoxe français: nous avons des doutes sur beaucoup de choses; nous grommelons.

Heureusement, la couverture vaccinale reste élevée », a déclaré Olivier Schwartz, directeur scientifique de l’Institut Pasteur à Paris, qui compte sur les dons du public pour mener à bien ses travaux, notamment la recherche sur les vaccins. «Je ne perçois pas de climat hostile», ajoute Schwartz. «Au contraire, j’ai le sentiment que [les Français ont] soif de connaissances.»

Les données de l’enquête confirment cette affirmation: environ 71% des personnes interrogées en France déclarent en connaître «beaucoup» sur la science, plaçant la France dans le top 10 mondial. Et 46% déclarent avoir recherché des informations scientifiques au cours du dernier mois, contre une moyenne de 30% dans le monde. Schwartz attribue le scepticisme envers les vaccins à un manque d’informations et affirme que les chercheurs et les institutions doivent combler cette lacune «de manière simple et rigoureuse».

Mais Brice Laurent, sociologue au Centre de sociologie de l’innovation à Paris, met en garde contre ce «modèle de déficit» de la communication, qui implique que l’ignorance engendre le scepticisme et que les gens adopteraient les technologies s’ils connaissaient suffisamment la science. Des études montrent que les personnes plus informées sont souvent plus sceptiques, note-t-il.

Le scepticisme serait enraciné dans la culture de la France

«Ce serait ennuyeux que les décideurs voient ce [sondage] et se disent:« les Français ne comprennent tout simplement pas, alors nous allons répéter le message », prévient Laurent. Il croit que le scepticisme est enraciné dans la culture de la France, un lieu où tous les lycéens apprennent la philosophie. «Vous pouvez regarder ces statistiques et dire: les Français sont des penseurs critiques; ils sont intéressés et posent des questions », dit-il.

Pélachaud convient qu’un public vigilant peut aider à pousser les scientifiques à prendre en compte les impacts sociétaux. «Quand j’ai commencé il y a 30 ans, nous ne nous posions pas de questions éthiques» dans le domaine de l’IA, explique Pélachaud, qui travaille sur des chatbots capables de communiquer de manière non verbale. « Les Français sont peut-être des grincheux, mais leur esprit critique est important. »

Les résultats de l’enquête quant au danger potentiel des vaccins

La question était celle-ci : les vaccins sont-ils sans danger?

Pays En désaccord
France         33%
Gabon         26%
Togo         25%
Russie         24%
Suisse         22%
Arménie         21%
Autriche         21%
Belgique         21%
Islande         21%
Burkina Faso         20%
Haïti         20%

Source : Science
Crédit photo : Pixabay

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