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Un homme en Chine qui, après avoir mangé des aliments riches en glucides ou sucrés, est devenu tellement intoxiqué qu’il a perdu conscience, cela a amené les chercheurs à découvrir des souches de bactéries dans l’intestin humain qui pourraient être un facteur important d’une la maladie du foie la plus répandue dans le monde.

Une bactérie provoquerait la stéatose hépatique 

Cette maladie, la stéatose hépatique non alcoolique (NAFLD), affecte environ un milliard de personnes dans le monde et près d’un Américain sur trois. L’excès de graisse dans les cellules hépatiques est une caractéristique de cette maladie qui ne provoque généralement aucun symptôme, mais chez environ 25% des personnes atteintes de la NAFLD, l’accumulation progresse et provoque parfois une cirrhose ou un cancer.
Les scientifiques ont découvert que cette étrange maladie provient de bactéries intestinales qui synthétisent l’alcool des repas. Les chercheurs affirment que cette découverte pourrait permettre de mieux prévoir qui développera des formes graves de la NAFLD et pourrait même suggérer des moyens de contrecarrer sa progression.
L’obésité, le diabète et d’autres affections sont associés à la NAFLD, mais aucun mécanisme sous-jacent unique n’explique pourquoi la graisse s’accumule dans le foie de nombreuses personnes. Certaines études ont lié les bactéries intestinales à la NAFLD, mais l’idée est restée controversée. La complexité de la flore intestinale rend difficile le tri des contributions d’une seule espèce.

La souche Klebsiella pneumonia serait la cause

Cette nouvelle découverte, publiée dans Cell Metabolism, porte sur une nouvelle souche de Klebsiella pneumoniae qui prédomine dans une petite cohorte de patients atteints de la NAFLD et a également provoqué des dommages au foie lors d’expériences sur des souris. «Je dois admettre que c’est assez impressionnant», déclare David Haslam, spécialiste des maladies infectieuses au Centre médical de l’hôpital pour enfants de Cincinnati, dans l’Ohio, qui a fait preuve de circonspection face aux tentatives précédentes de lier les microbes intestinaux à la NAFLD.
Jing Yuan, microbiologiste à l’Institut de pédiatrie de la capitale à Beijing et auteur principal de l’article, a déclaré qu’elle-même et ses collègues étaient intrigués en juin 2014, lorsqu’un homme de 27 ans avait demandé des soins à Beijing pour des intoxications inexpliquées datées de 10 ans en arrière et qui s’aggravaient. Certains pensaient qu’il devait être un buveur averti et sa mère lui faisait régulièrement utiliser un alcootest. Cela montrait des taux élevés d’alcool dans le sang même quand elle était certaine qu’il n’avait pas bu d’alcool. Encore plus étrange, quand il a bu plusieurs colas, il se saoulait encore plus.
Quelques années plus tard, les biopsies hépatiques ont montré qu’il souffrait de stéatohépatite non alcoolique (NASH), la forme la plus grave de la NAFLD. Il a été transféré à l’unité de soins intensifs et surveillé de près. Les médecins ont noté qu’après avoir mangé un repas riche en sucre, son alcoolémie avait atteint 400 milligrammes par décilitre. « Cela équivaut à 15 verres de whisky à 40% », dit Yuan.

K. pneumoniae était 900 fois plus présente que les autres bactéries

Certains autres microbes pouvant métaboliser les sucres en alcool, Yuan et ses collègues ont analysé 14 échantillons de selles prélevées à des moments différents pour trouver des fragments d’ADN bactériens spécifiques à une espèce. Ils ont découvert que lorsqu’il était très intoxiqué, K. pneumoniae représentait 18,8% des bactéries dans un échantillon, soit 900 fois plus que la normale. Lorsqu’ils mettaient ces bactéries dans un milieu de levure et de sucre, ils pouvaient isoler des souches de la bactérie qui produisaient des niveaux d’alcool élevés, moyens ou faibles.
Les chercheurs ont ensuite analysé les matières fécales de 43 patients atteints de la NAFLD, dont 32 étaient atteintes de forme sévère, et les ont comparées à 48 personnes en bonne santé. L’équipe a découvert des taux élevés de souches de K. pneumoniae produisant beaucoup d’alcool (HiAlc) ou moyen, dans des échantillons prélevés chez 61% des patients, par rapport à 6% des témoins.
Pour déterminer si ces microbes intestinaux pourraient expliquer la maladie du foie, les chercheurs ont administré à la souris HiAlc K. pneumoniae, de l’alcool ou un mélange de levure et de sucres comme témoin. À 4 semaines, les souris ayant reçu la bactérie ou l’alcool présentaient des lésions hépatiques.

Des phages pourraient devenir un traitement contre cette maladie

Dans le but de trouver un traitement, les chercheurs ont utilisé des virus appelés phages qui peuvent tuer des bactéries spécifiques. Chez les souris infectées par HiAlc prétraitées avec les phages qui ciblent ces bactéries, les rongeurs ne présentaient aucune anomalie hépatique détectable. « Cela soulève la possibilité que le phage puisse être utilisé pour traiter la NASH », a déclaré Haslam.
La littérature médicale ne fournit aucune preuve que les personnes atteintes de la NAFLD se sentent ivres quand ils ne boivent pas d’alcool, et les souris avec HiAlc n’ont pas développé d’alcool mesurable. Les chercheurs ont donc décidé de donner également à ces rongeurs de fortes doses de glucose. Le taux d’alcoolémie a grimpé en flèche chez ces souris, qui se sont comportées comme si elles étaient en état d’ébriété.

Cette étude doit être confirmée

Donner du glucose ou du fructose aux patients de la NAFLD a également provoqué de grands sauts dans le taux d’alcool dans le sang, ce que les contrôles sains n’ont pas expérimenté. Ce résultat suggère que le fait de donner du glucose par voie orale associé à un test d’alcoolémie pourrait permettre d’établir un diagnostic de HiAlc K. pneumoniae et même éventuellement de prédire quels patients traités pour la NAFLD passeront à la NASH. «C’est très intriguant et excitant si cette étude est confirmée par des essais sur des êtres humains avec une cohorte plus vaste», déclare Haslam.
Source : Science
Crédit photo : Pixabay