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Une équipe de scientifiques de l’Université technique de Munich (TUM) et du Helmholtz Center for Infection Research (HZI) de Braunschweig ont modifié un médicament anticancéreux déjà approuvé pour développer un agent actif contre les bactéries multirésistantes. Le Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline (SARM) est la source d’infections graves et persistantes. Certaines souches sont même résistantes à plusieurs antibiotiques. Il y a donc un besoin urgent de nouveaux médicaments efficaces contre les infections.

De nouvelles stratégies pour développer des antibiotiques

Une stratégie prometteuse consiste à tester l’effet potentiel des médicaments déjà approuvés sur les bactéries. « Nous nous sommes concentrés sur une classe de protéines humaines, les kinases, qui ont de nombreux inhibiteurs. », explique Stephan Sieber, directeur de l’étude et professeur de chimie organique à la TUM. Dans cette voie, les chercheurs ont modifié chimiquement le principe actif sorafénib, un médicament anticancéreux efficace contre le SARM, pour obtenir un effet antibiotique plus fort. Ceci a mené au développement du PK150, une molécule dix fois plus efficace contre le SARM que la substance originale.

Le PK150 cible diverses structures non conventionnelles

Ce nouvel agent cible diverses structures non conventionnelles au sein de la bactérie. Deux cibles ont fait l’objet d’une analyse plus approfondie : d’une part, le PK150 inhibe une protéine essentielle impliquée dans le métabolisme énergétique bactérien. D’autre part, il agit sur la paroi cellulaire.
Contrairement aux antibiotiques déjà connus tels que la pénicilline et la méthicilline, qui interfèrent avec la formation de la paroi cellulaire, le PK150 agit indirectement. Il réduit la production de protéines dans les bactéries. En conséquence, les bactéries libèrent plus de protéines qui contrôlent l’épaisseur de la paroi cellulaire à l’extérieur, provoquant l’éclatement des cellules.
Chez la souris, le PK150 s’est révélé efficace contre le SARM dans divers tissus. Alors que les staphylocoques développent rapidement une résistance à d’autres antibiotiques, les chercheurs n’ont pas observé le développement d’une résistance au PK150.

Une efficacité contre les biofilms et les dormantes

Eva Medina et le Dr Katharina Rox, pharmacologue du département de biologie chimique de HZI, ont montré que le PK150 a des propriétés pharmacologiques favorables. Il peut être administré par exemple sous forme de comprimés et reste stable dans l’organisme pendant plusieurs heures. « En raison des modifications chimiques apportées à cette molécule, le PK150 ne se lie plus aux kinases humaines, mais agit très spécifiquement contre les cibles bactériennes », explique Sieber.
Et le PK 150 a un autre avantage : « les infections au SARM sont très souvent chroniques, car les bactéries peuvent devenir dormantes. Le PK150 tue même ces bactéries, ainsi que les germes protégés dans les biofilms », explique le professeur Dietmar Pieper, chef du groupe de recherche. Dans le cadre du projet aBACTER, l’équipe du professeur Sieber poursuit l’optimisation du PK150 afin de passer à des essais en phase de développement cliniques.
Cette recherche a été publié dans Nature Chemistry.
Source : Technical University Munich
Crédit photo sur Unsplash : Drew Hays

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Une équipe de scientifiques de l'Université technique de Munich (TUM) et du Helmholtz Center for Infection Research (HZI) de Braunschweig ont modifié un médicament anticancéreux déjà approuvé pour développer un agent actif contre les bactéries multirésistantes. Le Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline (SARM) est la source d'infections graves...