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Selon de nouvelles recherches, nous pourrions donner un coup de main aux bactéries pour lutter contre les marées noires sur terre et en mer en les dotant d’enzymes qui décomposeraient les hydrocarbures. Cela pourrait être beaucoup moins cher et plus écologique que d’autres méthodes de nettoyage.

Utiliser des bactéries contre les déversements de pétrole

« Pour l’instant, il n’existe pas vraiment de bonnes façons de nettoyer des déversements de pétrole », déclare Katherine French de l’Université de Californie à Berkeley. Les méthodes les plus courantes consistent à déverser le sol contaminé ailleurs ou à pulvériser des produits chimiques qui peuvent eux-mêmes être dommageables à l’environnement.
Certains microbes possèdent naturellement des enzymes qui peuvent décomposer les hydrocarbures comme le pétrole, mais ces microbes sont rarement présents à proximité des déversements de pétrole. Mme French et ses collègues veulent plutôt donner aux bactéries présentes sur un site de déversement les gènes qui leur permettraient de fabriquer elles-mêmes ces enzymes.
En plus de leur génome principal, presque toutes les bactéries ont aussi des morceaux supplémentaires d’ADN appelés plasmides qui peuvent être transmis à d’autres espèces de bactéries. Mme French et ses collègues ont créé un plasmide contenant les gènes de cinq enzymes qui participent à la dégradation des hydrocarbures, puis les ont ajouté à une souche de E. coli.

La quantité d’hydrocarbures a diminué de près de la moitié

Lorsque les E. coli ont été ajoutés à un sol très pollué par un déversement de pétrole, ils sont tous morts dans les cinq jours, mais le plasmide a été rapidement transmis à plus d’une douzaine d’espèces sauvages de bactéries, qui ont alors commencé à dégrader le pétrole. La quantité totale d’hydrocarbures dans le sol a diminué de près de la moitié en 60 jours. Les niveaux dans les échantillons auxquels le plasmide n’a pas été ajouté ont diminué de moins de 5 %.
French pense qu’ajouter des gènes aux microbes locaux de cette manière pourrait être plus efficace que de modifier génétiquement un microbe pour qu’il fasse le même travail, car il pourrait ne pas s’adapter à un nouvel environnement.
« C’est une idée très intéressante », déclare James Hall, de l’Université de Liverpool au Royaume-Uni, qui étudie les plasmides. Manipuler des communautés entières de microbes en ajoutant des gènes de cette manière pourrait avoir toutes sortes d’utilisations, dit-il.
Les gènes supplémentaires n’auraient aucun effet sur la santé humaine, dit French. « Avoir du pétrole dans le sol est plus dangereux que d’avoir des bactéries génétiquement modifiées. » Dans de nombreuses régions du monde, les déversements de pétrole ne sont jamais nettoyés, souligne-t-elle. Les vapeurs, ainsi que l’eau et les aliments contaminés, peuvent nuire à la santé des gens.

Utiliser des plasmides naturels

Les bactéries sauvages avec un plasmide modifié seraient considérées comme des organismes génétiquement modifiés dans de nombreux pays, ce qui rend difficile l’obtention d’une approbation pour des essais sur le terrain. Mais il existe des plasmides naturels contenant des gènes pour les enzymes d’hydrocarbures, dit Hall. En théorie, aucune approbation ne serait nécessaire pour utiliser ces plasmides.
L’utilisation de microbes qui possèdent naturellement ces enzymes pour nettoyer les sites est préférable à l’utilisation de traitements chimiques, dit Stephen Hawkins de l’Université de Southampton au Royaume-Uni, qui a étudié comment les sites contaminés se rétablissent.

Demeurer prudent avec des organismes génétiquement modifiés

« Certains traitements conventionnels, comme les dispersants, peuvent aggraver les choses. Ils peuvent tuer les microbes qui décomposent le pétrole », dit-il. « Mais je serais très prudent sur la libération d’organismes génétiquement modifiés dans l’environnement. »
Cette recherche a été prépubliée dans bioXriv.
Source : New Scientist
Crédit photo : Pixabay