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Les tests génétiques ne peuvent rien dire aux enseignants sur le niveau d’instruction d’un élève, comme certains le prétendent. C’est la conclusion d’une étude qui a examiné dans quelle mesure les scores polygéniques pour l’éducation permettent de prédire les résultats scolaires d’une personne, sur la base d’une étude à long terme portant sur des milliers de personnes au Royaume-Uni.

Les scores polygéniques ne peuvent pas prédire la réussite scolaire

« Certaines personnes ayant un score génétique très bas sont très performantes à l’âge de 16 ans. Certaines se situent même dans les 3 % supérieurs », explique Tim Morris, de l’Université de Bristol, au Royaume-Uni. « On ne peut pas faire de prédiction précise pour un seul enfant. »
Et bien que M. Morris s’attende à ce que la précision des résultats polygéniques pour le niveau d’instruction s’améliore, il ne pense pas qu’ils seront un jour assez bons pour prédire le rendement d’un individu.
Même des traits relativement simples comme la taille sont influencés par des milliers de variantes génétiques, dont chacune n’a peut-être qu’un effet minime. Les scores polygéniques résument tous ces petits effets pour essayer de déterminer l’impact global de toutes les variantes dans le génome d’une personne.

Des prédictions peu précises

On prétend que les scores polygéniques peuvent être utilisés pour faire toutes sortes de prédictions, par exemple sur la probabilité qu’une personne développe diverses maladies. Par exemple une entreprise propose le dépistage des embryons sur la base des scores polygéniques des risques de contracter une maladie.
Certains chercheurs – notamment Robert Plomin du King’s College London – pensent que les écoles devraient commencer à utiliser les scores polygéniques pour les niveaux d’instructions. Dans la plupart des cas, nous ne savons pas pourquoi certaines variantes des gènes sont liées à la réussite scolaire, mais les scores peuvent refléter des caractéristiques telles que la persistance et l’intelligence.
« Nous pouvons faire tellement de choses avec cela », dit M. Plomin. Par exemple, il dit que les enfants pourraient être testés avant d’entrer à l’école pour identifier et aider ceux qui sont susceptibles d’avoir des difficultés scolaires.
Pour évaluer l’utilité des scores polygéniques, Morris et ses collègues les ont calculés pour 8000 personnes  à Bristol qui font partie d’une étude à long terme connue sous le nom d’Enfants des années 90. Les génomes des participants ont été séquencés et leurs résultats académiques sont à la disposition des chercheurs.
Entre autres, l’équipe a trouvé une corrélation de 0,4 entre le score polygénique d’une personne et ses résultats au GCSE à l’âge de 16 ans (où 1 est une corrélation parfaite et 0 signifie aucune corrélation). Mais il faudrait une corrélation d’au moins 0,8 pour faire des prédictions vraiment utiles sur les individus, dit M. Morris.

Un prédicteur basé sur la génétique sèmerait la confusion

Plomin, cependant, soutient que ces résultats appuient sa position. « Une corrélation de 0,4 en fait le plus puissant prédicteur polygénique dans les sciences du comportement », dit Plomin, qui affirme que cela correspond à ses propres résultats. « C’est tellement plus fort que beaucoup d’autres choses sur lesquelles nous basons nos décisions. C’est donc une très grande découverte ».
Selon M. Morris, les écoles ont déjà accès à d’autres prédicteurs plus précis, comme les résultats des tests antérieurs d’un élève. L’examen du niveau d’instruction des parents et de leur statut socioéconomique est également un meilleur prédicteur des résultats scolaires d’un élève que l’examen de son génome. Fournir aux enseignants un prédicteur supplémentaire basé sur la génétique ne ferait que semer la confusion, dit Morris, et les coûts ne peuvent être justifiés.
Cette recherche a été publiée dans bioRxiv.
Source : New Scientist
Crédit photo : PXhere