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Le nombre d’orangs-outans de Bornéo diminue et il n’y a guère de preuves que les efforts déployés pour les déplacer des zones à risques ou pour réhabiliter ceux qui ont été retenus en captivité contribuent réellement à renforcer leur population.

Les populations des orangs-outans de Bornéo diminuent

Entre 2007 et 2017, environ 1200 orangs-outans de Bornéo (Pongo pygmaeus) ont été relâchés dans les forêts naturelles de Kalimantan, la partie indonésienne de l’île de Bornéo. Près de 500 d’entre eux étaient des individus anciennement captifs qui ont retrouvé la santé avant d’être relâchés dans la nature. Mais on ne sait pas encore combien de ces animaux sont encore en vie.

« Les centres de sauvetage rendent un service important en fournissant des soins spécialisés à une espèce difficile à soigner, mais il y a peu de preuves disponibles sur la survie à long terme des animaux réintroduits dans la nature », explique Julie Sherman de Wildlife Impact en Oregon.

Pour établir ces estimations, Julie Sherman et son équipe ont examiné des études, des articles de journaux et des données accessibles au public sur les efforts de conservation. Ils ont également recueilli des données auprès de centres de sauvetage, d’organismes gouvernementaux et des zoos afin de déterminer les résultats de la relocalisation ou de la réhabilitation de ces grands singes.

Les quelques cas où ces animaux ont été suivis pendant plus de trois ans suggèrent que moins de 30 pour cent des animaux relâchés pourraient avoir survécu. Au cours de la période cette étude, au moins 620 orangs-outans sauvages ont également été ramassés en dehors des aires protégées de Kalimantan et relâchés dans un site sauvage différent, principalement pour prévenir d’éventuels conflits avec les autres populations.

Une hypothèse qui ne fonctionne pas dans la réalité

« L’hypothèse des praticiens de la translocation est que, comme il s’agit d’orangs-outans sauvages, ils survivront n’importe où dans la nature », dit Sherman. Là encore, le sort de ces animaux n’est généralement pas surveillé. Les quelques études que l’équipe de Sherman a trouvées dans lesquelles les orangs-outans transférés ont été suivis suggèrent que la plupart des animaux ont probablement disparu après avoir été relâchés et n’ont peut-être pas survécu au-delà de quelques années.

Sherman et son équipe ont constaté que, dans la plupart des cas, les gens ne suivaient pas les impacts des mesures de conservation, et ce, en dépit de plusieurs plans d’action et de millions de dollars injectés dans la conservation des grands singes au cours de la dernière décennie.

L’analyse des dépenses de 145 organisations effectuée par l’équipe a montré que, rien qu’en 2016, le sauvetage, la réintroduction et la translocation étaient la stratégie de conservation prédominante pour les orangs-outans de Bornéo, avec plus de 4,94 millions de dollars US alloués à cette fin.

Mais au lieu d’améliorer le statut de l’espèce, elle est passée d’une situation d’espèce en danger à une situation d’espèce en danger critique d’extinction en 2016. « Cette espèce est en déclin très rapide, donc peu importe ce que nous allons essayer, cela ne fonctionne pas suffisamment bien », déclare Erik Meijaard, directeur de Borneo Futures à Brunei, Bornéo.

Ce qui semble fonctionne

En général, la protection active des habitats des orangs-outans semble être une stratégie raisonnablement efficace. Dans la partie malaisienne de Bornéo, où la plupart de ces habitats sont protégés, les populations d’orangs-outans deviennent relativement stables. « Cette expansion des zones de conservation est due à la volonté politique de protéger les orangs-outans et leurs habitats », explique Melvin Gumal de la Wildlife Conservation Society, qui est basée à Bornéo.

L’équipe de Sherman analyse toujours les données sur la façon dont les pratiques de gestion des terres affectent la conservation des orangs-outans. « Les données que nous recueillons actuellement suggèrent que lorsque les gens ont des droits de propriété ou de gestion des terres, qu’il s’agisse de communautés ou d’organisations, et lorsqu’ils gèrent activement ces terres en patrouillant, en supprimant les incendies et en empêchant la mise à mort des orangs-outans, cela semble maintenir les habitats intacts et les orangs-outans dans ces habitats », dit Sherman.

Cette recherche a été publiée dans Biodiversitas.

Source : New Scientist
Crédit photo : Pixabay