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Certaines souris ont dans leur génome des séquences provenant d’un virus qui a infecté leur père. Nous savons que de tels événements ont dû se produire à de nombreuses reprises dans l’Antiquité, mais c’est la première fois qu’ils ont été observés en action. Et il s’agissait d’un virus dont nous pensions qu’il ne pouvait pas faire cela.

Des séquences d’ADN provenant d’un virus

Cette découverte signifie qu’une part encore plus importante de l’ADN des animaux provient de virus que nous ne le pensions, déclare Eiichi Hondo de l’université de Nagoya au Japon. Elle suggère également que les pandémies virales peuvent modifier les caractéristiques des animaux en changeant leurs gènes, dit-elle. « Nous pensons que les futures pandémies de maladies virales pourraient modifier la morphologie ou les fonctions des mammifères très rapidement chez leurs descendants », dit Hondo.
Les chercheurs ont étudié le virus de l’encéphalomyocardite (EMCV), qui circule chez les rongeurs mais peut infecter un grand nombre d’animaux, y compris l’homme. Ils ont d’abord montré que l’EMCV peut s’intégrer dans le génome des cellules des testicules des souris se développant dans une boîte.
Ensuite, Hondo et ses collègues ont infecté des souris mâles avec l’EMCV, puis ont permis à celles qui ont survécu de s’accoupler. Ils ont trouvé des signes de séquences génétiques virales dans les lobes d’oreille de leur progéniture, mais pas dans ceux des pères. Ils procèdent actuellement au séquençage de l’ensemble du génome de cette progéniture afin de déterminer quelles séquences virales se sont intégrées et à quel endroit.
On pensait que la transmission de gènes viraux à la descendance dans le génome de cette manière ne se produisait que tous les quelques centaines de milliers d’années. Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle les découvertes de l’équipe sont surprenantes.
Le virus EMCV ne devrait pas s’intégrer facilement dans le génome du tout, déclare John Coffin de la faculté de médecine de l’université Tufts dans le Massachusetts. En effet, le génome animal est constitué d’ADN, et seules les séquences qui en sont également constituées peuvent y être ajoutées. Cependant, les génomes de nombreux virus sont constitués d’ARN.

Des enzymes qui transforment l’ARN en ADN

Un groupe, appelé rétrovirus, contourne ce problème en fabriquant des enzymes qui transforment leur ARN en ADN afin que le virus puisse ajouter ses gènes au génome d’une cellule qu’il infecte, afin de se cacher pendant des années. C’est la raison pour laquelle le VIH, qui est un rétrovirus, est si difficile à éliminer de l’organisme.
On pensait que les virus à ARN non rétroviraux, dont l’EMCV, ne pouvaient pas pénétrer dans le génome des animaux. Puis, en 2010, Coffin et d’autres chercheurs ont montré que les gènes d’un virus à ARN non rétroviral appelé bornavirus étaient présents chez certains mammifères, comme l’homme, les rongeurs et les éléphants.
Mais le bornavirus se réplique dans le noyau des cellules, explique M. Coffin, où il y a une chance que son ARN se transforme en ADN et s’épisse dans le génome d’un hôte. L’EMCV, en revanche, se réplique à l’extérieur du noyau, et ne devrait donc pas être s’intégrer.
Selon M. Hondo, les fragments d’ADN des mammifères ressemblent souvent à des séquences virales. Cela est souvent considéré comme une coïncidence si ces séquences se trouvent dans des virus dont on ne pensait pas qu’ils pouvaient envahir les génomes.

Vérifier si d’autres virus à ARN peuvent être transmis aux animaux de cette manière

Son équipe prévoit de voir quels autres virus à ARN non rétroviral – dont l’Ebola et le Zika – qui ont des séquences génétiques qui ont été ou pourraient être transmises aux animaux de cette manière.
Cette recherche a été prépubliée dans bioRxiv.
Source : New Scientist
Crédit photo : PXhere