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Des scientifiques de l’Université McGill suggèrent qu’une nouvelle formulation de lithium en microdose pourrait non seulement ralentir la progression de la maladie d’Alzheimer dans ses premiers stades, mais aussi potentiellement améliorer la cognition aux premiers stades du déclin. Cette recherche s’appuie sur des décennies d’études sur les liens entre le lithium et la démence.

Du lithium pour ralentir la progression de la maladie d’Alzheimer

Le lithium est probablement mieux connu comme traitement des troubles bipolaires, bien qu’au début du XXe siècle, ce minéral ait été largement utilisé comme tonique général pour la santé du cerveau. Les premières formulations de la populaire boisson gazeuse 7 Up contenaient du lithium jusqu’à ce que ce minéral soit interdit comme complément de boisson en 1948 en raison de ses fréquents effets secondaires.
Malgré les bienfaits connus du lithium en tant qu’oligo-élément essentiel pour la neuroprotection et la stabilisation de l’humeur, le problème auquel les cliniciens ont été confrontés pour exploiter ses effets thérapeutiques est qu’il devient très facilement toxique lorsque des doses en continue sont trop élevées.
Des essais antérieurs sur l’homme concernant les effets du lithium chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer ont donné des résultats mitigés. Si certaines études ont montré que le lithium pouvait prévenir, ou du moins ralentir, la progression de cette maladie, les effets secondaires des doses élevées et continues rendaient ce traitement relativement ingérable.
Comme le lithium est naturellement présent en faibles quantités dans de nombreuses réserves d’eau, un ensemble de recherches épidémiologiques a mis en évidence une corrélation entre des taux plus faibles de démence dans une communauté et des niveaux plus élevés de lithium dans l’eau potable. Ces recherches suggèrent que de très faibles doses en continues de lithium peuvent éloigner l’apparition de la démence.

L’efficacité des microdoses

Une importante étude publiée en 2017 a établi l’efficacité d’une nouvelle formulation de lithium à microdose contre la progression de la maladie d’Alzheimer dans un modèle de rongeur. Cette recherche a testé un agent thérapeutique appelé NP03, une formulation orale de lithium encapsulé qui peut contourner la dégradation par les acides dans le tube digestif, ce qui entraîne une forte absorption par le système nerveux central. Cela signifie que des doses nettement plus faibles peuvent être administrées sans ces effets secondaires.
« Des microdoses de lithium à des concentrations des centaines de fois inférieures à celles appliquées en clinique pour les troubles de l’humeur ont été administrées aux premiers stades de la pathologie amyloïde chez le rat transgénique de type Alzheimer », déclare Claudio Cuello, auteur principal de cette nouvelle étude, en expliquant les résultats des recherches antérieures de son équipe. « Ces résultats ont été remarquablement positifs et ont été publiés en 2017 dans Translational Psychiatry et ils nous ont stimulés à continuer à travailler avec cette approche sur une pathologie plus avancée ».

Les microdoses réduisent la quantité de plaques amyloïdes

Cette nouvelle étude explore les effets de cette nouvelle formulation de lithium sur un stade légèrement plus avancé de la maladie d’Alzheimer. Les expériences ont examiné l’efficacité du NP03 administré à un stade préclinique tardif de la pathologie d’Alzheimer, lorsque les plaques de protéines amyloïdes ont commencé à se former et que les signes de déclin cognitif ne font que commencer. Les résultats ont démontré de façon impressionnante que les microdoses de lithium réduisaient la quantité de plaques amyloïdes, inversaient les déficits de la mémoire et abaissait les marqueurs neuroinflammatoires chez un modèle de rongeur.
« D’un point de vue pratique, nos résultats montrent que les microdoses de lithium dans des formulations telles que celle que nous avons utilisée, qui facilite le passage au cerveau à travers la barrière cerveau-sang tout en minimisant les niveaux de lithium dans le sang, épargnant ainsi les individus des effets indésirables », déclare M. Cuello. « Bien qu’il soit peu probable qu’un médicament puisse inverser les dommages au cerveau aux stades cliniques de la maladie d’Alzheimer, il est très probable qu’un traitement par microdoses de lithium encapsulé devrait avoir des effets bénéfiques aux premiers stades précliniques de cette maladie ».

Une hypothèse sur le fonctionnement des faibles doses de lithium 

Comme le suggère M. Cuello, les résultats mitigés des essais cliniques antérieurs sur l’homme portant sur le lithium et la maladie d’Alzheimer pourraient provenir de la nature irréversible de la neurodégénérescence associée à cette maladie. Il est probable qu’une fois qu’un déclin cognitif s’est produit, il ne peut pas être réparé. L’hypothèse est donc que de très faibles doses de lithium pourraient n’être efficaces que lorsqu’elles sont administrées sur des périodes prolongées avant l’apparition des principaux signes de la démence.
Cette nouvelle recherche met en évidence les avantages potentiels de la neuroprotection grâce à des microdoses soutenues de lithium. Cependant, il est important de noter que cette formulation particulière de microdoses doit encore être testée sur des sujets humains atteints de la maladie d’Alzheimer, de sorte que beaucoup plus de travail est nécessaire avant qu’elle puisse être déployée comme traitement clinique.
Cette recherche a été publiée dans Journal of Alzheimer’s Disease.
Source : McGill University
Crédit photo : Pixabay