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Il est de plus en plus évident que certains cancers intestinaux sont causés par des bactéries. Un microbe semble déclencher un type distinct de mutation dans notre ADN, que l’on peut observer dans un cas de cancer du côlon sur dix.

Des bactéries à l’origine de cancers du colon

« C’est la première bactérie dont on a démontré qu’elle changeait l’ADN et était cancérigène », déclare Hans Clevers de l’Institut Hubrecht d’Utrecht, aux Pays-Bas.
Les cancers du côlon sont généralement considérés comme le résultant de mutations génétiques aléatoires, causées par le tabagisme et une alimentation malsaine. Mais plus récemment, des soupçons se sont développés à propos de certaines bactéries intestinales, dont une souche d’E. coli qui produit une substance pouvant endommager notre ADN.
Cette souche, appelée pks+ E. coli, est plus fréquente dans les selles des personnes ayant eu un cancer du côlon, mais on ne sait pas si elle est directement à l’origine des tumeurs ou si elle se développe simplement mieux dans les intestins des personnes ayant déjà développées un cancer.
Pour étudier la question, M. Clevers et son équipe ont injecté cette bactérie dans des cellules intestinales humaines qui se développent en petits amas appelés organoïdes pendant cinq mois. Ils ont découvert que ce microbe déclenche des modèles distincts de dommages à l’ADN : sur les quatre « lettres » du code ADN, les mutations se produisent à une combinaison particulière de deux lettres.
Le groupe s’est ensuite penché sur deux études antérieures dans lesquelles les gènes de près de 6000 tumeurs, principalement du côlon, avaient été séquencés. Entre 5 et 10 % des personnes atteintes d’un cancer du côlon présentaient ce même schéma de mutations, mais il n’était pas présent dans les autres types de tumeurs.

Une preuve très solide

« Nous pensons que c’est une preuve très solide que ces bactéries sont bien la cause des cancers chez ces patients », déclare M. Clevers. « Je ne dirai pas que c’est l’argument décisif, mais c’est un grand pas en avant », déclare Cynthia Sears de l’université Johns Hopkins dans le Maryland.
Si ces résultats sont confirmés, les gens pourraient se débarrasser de cette bactérie cancérigène en prenant des antibiotiques, puis en prenant des capsules de probiotiques contenant la souche sûre d’E. coli pour empêcher le retour de la mauvaise bactérie, dit Clevers.
Dans une autre étude, un autre groupe a montré qu’un manque de certaines bactéries pouvait être à l’origine d’une autre maladie appelée colite ulcéreuse, où le système immunitaire semble attaquer l’intestin, ce qui entraîne une inflammation.
Aida Habtezion, de l’université de Stanford en Californie, et ses collègues ont découvert que les personnes atteintes de cette maladie ont une communauté moins diversifiée de bactéries intestinales et qu’il leur manque une classe particulière de substances biochimiques dans leurs fèces, appelées acides biliaires secondaires.
Ces composés sont fabriqués par un type de bactéries dont les personnes atteintes de colite ulcéreuse sont dépourvues. « Cela se distingue vraiment », dit Habtezion. Son équipe a donné les acides biliaires à des souris ayant une condition similaire à la colite ulcéreuse et a constaté que leur inflammation intestinale diminuait.

Une recherche pour voir si des acides biliaires réduisent les symptômes

Ce groupe de chercheurs a maintenant commencé un essai de l’un des acides biliaires sur 15 personnes atteintes de colite ulcéreuse pour voir si cela réduit leurs symptômes. Les résultats sont attendus pour l’année prochaine.
Les chercheurs ont pu passer rapidement aux tests sur l’homme, car l’acide biliaire est déjà utilisé comme médicament oral pour traiter les maladies du foie. Cependant, pour être le plus efficace possible, Habtezion pense qu’il devrait être administré dans le côlon par un lavement.
Ces recherches ont été publiées dans deux revues : Nature et Cell Host & Microbe.
Source : New Scientist
Crédit photo : Pixabay