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Dans un nouvel éditorial publié dans BMJ, un trio de chercheurs de l’université de Cambridge suggère que le port de masques en tissu devrait être adopté par tous durant la pandémie COVID-19. L’équipe soutient que les avantages potentiels de ce comportement l’emportent de loin sur les inconvénients.

Le port de masques en tissu devrait être adopté

« Nous savons que la transmission du coronavirus se produit en grande partie avant que les gens ne présentent des symptômes », explique Babak Javid, consultant en maladies infectieuses du NHS Trust des hôpitaux universitaires de Cambridge. « Le port d’un masque sert avant tout à protéger les autres, tout en offrant un certain degré de protection à celui qui le porte ».
L’éditorial fait état de recherches préalables sur l’utilisation des masques dans le monde réel en ce qui concerne la transmission de la grippe, et il a été constaté que les masques ne confèrent « aucune protection significative ». Cependant, de nombreux arguments en faveur du port de masque suggèrent que l’intérêt de préconiser un large usage des masques est de limiter la transmission à partir de ceux qui ne savent pas qu’ils sont infectés, au lieu d’agir comme une mesure de protection pour les sujets sains.

Les masques en tissu sont préférables que pas de masque du tout

L’équipe souligne clairement que les masques doivent être réservés aux travailleurs de la santé. Mais alors, quelle est l’utilité de simples masques en tissu ? « Bien que des preuves de bonne qualité fassent défaut, certaines données suggèrent que les masques en tissu pourraient n’être que marginalement (15 %) moins efficaces que les masques chirurgicaux pour bloquer l’émission de particules, et cinq fois plus efficaces que le fait de ne pas porter de masque », écrivent les chercheurs. « Par conséquent, les masques en tissu sont probablement plus efficaces que l’absence totale de masque ».
Donc, si au minimum, un masque facial en tissu peut offrir une réduction même minime contre des particules virales transmises, pourquoi ne s’agit-il pas d’une recommandation générale ? Parce que le grand public ne semble pas être en mesure de comprendre comment utiliser les masques faciaux en toute sécurité et que certains experts, dont l’Organisation mondiale de la santé (OMS), suggèrent qu’ils peuvent faire plus de mal que de bien.
« Le public non formé peut être régulièrement vu à la télévision en train de toucher et de réajuster les masques en permanence, contaminant leurs mains et risquant de toucher ses yeux », explique William Keevil, de l’université de Southhampton, en référence au récent avis de l’OMS contre le port généralisé des masques. « En effet, quel est l’intérêt de porter un masque si vous ne protégez pas également vos yeux, un accès connu d’entrée du virus, comme le font les professionnels de la santé en portant des lunettes de protection et/ou une visière sur tout le visage ».

Un argument condescendant 

Trish Greenhalgh, spécialiste des soins de santé primaires à l’université d’Oxford, affirme que cet argument tend à sous-estimer la capacité du grand public à apprendre à utiliser correctement les masques faciaux. « Un argument semble être que l’on ne peut pas faire confiance au public pour suivre les instructions sur la façon de les mettre et de les porter correctement, ce qui est un peu condescendant dans les circonstances actuelles », dit Greenhalgh. « Un argument en faveur des masques est que les gens pourraient bien être très motivés pour apprendre les techniques adéquates pour porter leurs masques correctement ».
L’équipe de Cambridge soutient ce point en faisant remarquer que si l’argument du « faux sentiment de sécurité » n’est pas invalide, il s’agit en réalité d’éduquer le grand public sur la manière d’utiliser correctement et en toute sécurité les masques en tissu.
Nicholas Matheson, de l’Institut d’immunologie thérapeutique et de maladies infectieuses de Cambridge, et l’un des auteurs du nouvel éditorial, souligne l’effet psychologique général du port généralisé des masques. La simple vue du port d’un masque en public peut servir de précieux rappel visible de cette pandémie.

Les masques deviennent le visage de notre action unifiée

Alors que nous nous préparons à entrer dans une « nouvelle normalité », le port d’un masque en public peut devenir le visage de notre action unifiée dans la lutte contre cette menace commune, et renforcer l’importance des mesures de distanciation sociales », conclut M. Matheson.
Cette recherche a été publiée dans BMJ.
Source : University of Cambridge
Crédit photo : Pexels