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Le Welwitschia est l’une des plantes les plus étranges et les plus résistantes au monde. Il vit dans le désert du Namib, qui est exceptionnellement sec, et qui s’étend le long des côtes de l’Angola, de la Namibie et de l’Afrique du Sud. Mais le changement climatique pourrait pousser ces plantes rustiques au-delà de leurs limites, ce qui suggère qu’elles devraient être inscrites sur la liste rouge des espèces menacées de l’UICN.

Le Welwitschia menacé par le changement climatique

Rappelant vaguement un tas de varech loin de l’océan, le Welwitschia (Welwitschia mirabilis) ne ressemble à rien d’autre sur Terre. Cette plante n’est constituée que de deux feuilles qui poussent sans cesse. Celles-ci peuvent s’atteindre sur plus de 4 mètres de long en sortant d’une tige souterraine. Ces feuilles coriaces se fendent et s’enroulent, se transformant en un tas ébouriffé et cuit au soleil pendant la durée de vie de cette plante, qui est d’environ 1000 ans.
La bizarrerie botanique du Welwitschia, son statut d’icône dans le Namib et le manque d’évaluation sur sa conservation ont attiré l’attention de Pierluigi Bombi de l’Institut de recherche sur les écosystèmes terrestres en Italie. En utilisant des données de modélisation et de distribution des plantes, Bombi avait précédemment calculé que le changement climatique pourrait avoir un sérieux effet sur l’une des quatre sous-populations restantes de Welwitschia.
Ce groupe de plantes, situé dans le nord de la Namibie, est le plus au nord – les autres se trouvent sur des aires de répartition plus importantes dans l’ouest de la Namibie et le sud-ouest de l’Angola.
Pour aider à vérifier cette prédiction, Bombi et ses collègues ont mené une expédition sur le terrain l’année dernière en Namibie. Ils ont noté l’emplacement de 1330 plantes et ont évalué leur santé à l’aide d’une échelle basée sur la couleur des feuilles – les feuilles vertes étaient considérées comme saines, tandis que les feuilles rougeâtres ou brunes étaient un signe de stress. « Malheureusement, les résultats obtenus sur le terrain ont confirmé nos attentes négatives », déclare M. Bombi.

Des perspectives climatiques sombres

Sur la base de la modélisation du climat, l’équipe a également prédit que le désert du nord du Namib sera en 2050 jusqu’à 2,5°Celsius plus chaud qu’aujourd’hui, mais sans changement notable des précipitations, ce qui réduira considérablement la qualité de l’habitat. Étant donné la mauvaise santé des plantes qui y poussent aujourd’hui et la détérioration de leur habitat prévue dans les décennies à venir, Bombi et ses collègues soutiennent que le Welwitschia devrait être placé sur la liste rouge de l’UICN.
Wendy Foden, du Centre de recherche du Cap en Afrique du Sud, déclare que l’équipe « souligne à juste titre que l’absence d’évaluation de la liste rouge pour le Welwitschia mirabilis est préoccupante et représente une priorité importante ». Mais elle précise que cette étude a des limites, car elle n’a évalué qu’une des quatre sous-populations.
Elle rétorque que chaque sous-population de Welwitschia devrait être considérée séparément, car il semble qu’elles occupent des rôles légèrement différents au sein de leurs écosystèmes, et qu’elles poussent dans des endroits et des conditions différentes.
Judith Arnolds, de l’Institut national sud-africain de la biodiversité, salue cette recherche, mais affirme que des données à plus long terme sont nécessaires pour déterminer si la mauvaise santé des plantes peut être due à une année anormalement stressante, ou à des effets à plus long terme.

Mettre en place un programme de surveillance à long terme

Selon M. Bombi, la prochaine étape-clé est une évaluation de la vulnérabilité du Welwitschia au changement climatique à l’échelle de l’espèce et la mise en place d’un programme de surveillance à long terme des plantes en Namibie.
Cette recherche a été pré-publiée dans bioRxiv.
Source : New Scientist
Crédit photo : Pixabay