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Parfois, le cancer reste en place, mais souvent il se métastase et se propage à de nouveaux endroits du corps. On soupçonne depuis longtemps que des mutations génétiques se produisant à l’intérieur des cellules tumorales sont à l’origine de cette propagation potentiellement dévastatrice.
Maintenant, des chercheurs ont montré pour la première fois que notre propre génétique peut favoriser la formation de métastases. Une nouvelle étude suggère que des différences dans un seul gène, porté dans le génome d’une personne dès sa naissance, peuvent modifier la progression d’un mélanome, un type de cancer de la peau. Les chercheurs pensent que ces variations héréditaires pourraient avoir le même effet sur d’autres types de cancer.
Cette découverte pourrait transformer la façon dont les scientifiques envisagent les métastases du cancer, et conduire à une meilleure compréhension des risques des patients afin d’éclairer les décisions lors d’un potentiel traitement, dit le professeur Sohail Tavazoie.

Le mystère des métastases

Des recherches antérieures menées dans le laboratoire de Tavazoie avaient permis d’identifier un gène appelé APOE, présent dans l’ADN de toutes les cellules du corps avant l’apparition d’un cancer, qui peut avoir un impact sur la propagation du mélanome. Ce gène produit une protéine qui semble interférer avec un certain nombre de processus utilisés par les cellules cancéreuses pour se métastaser, comme la formation de vaisseaux sanguins, la croissance en profondeur dans les tissus sains et la résistance aux assauts des cellules immunitaires qui combattent la tumeur.
Les humains sont porteurs de l’une des trois versions différentes de l’ApoE : ApoE2, ApoE3 et ApoE4. Benjamin Ostendorf, un médecin scientifique du laboratoire, a émis l’hypothèse que ces variantes pourraient expliquer pourquoi le mélanome progresse différemment selon les personnes. Lors d’expériences avec des souris possédant l’une de chacune des versions du gène, lui et ses collègues ont découvert que les tumeurs chez les personnes porteuses de l’ApoE4 se développaient le moins et se propageaient le moins.
Un examen plus approfondi a révélé que l’ApoE4 est la version la plus efficace de l’ApoE en matière de renforcement de la réponse immunitaire aux cellules tumorales. Par rapport aux animaux présentant d’autres variantes, les souris porteuses d’ApoE4 ont montré une plus grande abondance de cellules T luttant contre la tumeur, recrutées dans la tumeur du mélanome, ainsi qu’une réduction des vaisseaux sanguins. « Nous pensons qu’un impact majeur des variations de l’ApoE provient des différences dans la façon dont elles modulent l’attaque du système immunitaire », explique M. Ostendorf.

Vers un meilleur traitement

Les données génétiques de plus de 300 patients atteints de mélanome humain ont fait écho aux expériences sur les souris : en moyenne, les personnes porteuses d’ApoE4 ont survécu le plus longtemps, tandis que celles porteuses d’ApoE2 ont vécus le moins longtemps. Ce lien avec les résultats de cette étude, suggère que les médecins pourraient examiner la génétique des patients pour évaluer le risque de progression de leur cancer.
Cela pourrait également influencer le cours d’un traitement. Les patients atteints de mélanome reçoivent parfois une thérapie qui encourage leur propre système immunitaire à mieux lutter contre le cancer. L’analyse des informations fournies par ces patients, ainsi que par les expériences menées sur des souris, ont montré que les personnes porteuses d’ApoE4 répondent mieux aux thérapies de renforcement du système immunitaire.
De même, les chercheurs ont montré qu’un composé expérimental qui augmente la production d’ApoE, le RGX-104, était efficace pour aider les souris porteuses d’ApoE4 à combattre les tumeurs. Le RGX-104 fait actuellement l’objet d’essais cliniques. (Tavazoie est un cofondateur scientifique de Rgenix, la société qui a développé le RGX-104).

La maladie d’Alzheimer

Cette découverte peut s’étendre au-delà du cancer. D’autres études ont montré que les variations de l’ApoE contribuent à la maladie d’Alzheimer : l’ApoE4 aggrave le risque de cette maladie neurodégénérative, au contraire de sa suppression de la progression du cancer. « On ne sait pas très bien ce que fait l’ApoE dans la maladie d’Alzheimer, mais nous pensons que notre travail sur le cancer peut également nous aider à comprendre cette maladie », explique M. Tavazoie. Son laboratoire, normalement axé sur le cancer, a commencé à étudier le lien avec les maladies neurodégénératives.
Cette recherche a été publiée dans Nature Medicine.
Source : Rockefeller University
Crédit photo : Pixabay