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Pour la plupart des personnes qui meurent du cancer, la propagation de la tumeur initiale est à blâmer. « Les métastases sont ce qui tue la plupart des patients atteints de cancer », explique Serge Fuchs, professeur à l’université Penn. « Pourtant, il n’existe aucun médicament qui cible spécifiquement les processus métastatiques ».

Un inhibiteur de la P38 contre la propagation

Serge Fuchs s’est associé à des chercheurs du campus et d’ailleurs pour combler cette lacune, en étudiant les acteurs moléculaires qui favorisent la propagation du cancer et en identifiant une stratégie pour l’arrêter. En utilisant un inhibiteur de l’enzyme connue sous le nom de p38α kinase (p38), ils ont réussi à réduire la propagation du mélanome dans un modèle de souris, prolongeant ainsi de manière significative le temps de survie. « À mon avis, ce type de thérapie pourrait être utilisé en conjonction avec la chirurgie pour enlever la tumeur primaire ou peut-être avec d’autres traitements anticancéreux, comme la chimiothérapie », explique M. Fuchs.
Des conversations entre chercheurs de plusieurs universités, ont tourné autour de ce que l’on appelle les facteurs dérivés des tumeurs (TDF) : les diverses protéines, lipides, vésicules, matériel génétique, molécules de signalisation et autres composés que les tumeurs sécrètent et qui, dans certains cas, voyagent dans le corps. Les scientifiques pensent que de nombreux facteurs contribuent à « préparer le sol », comme on le décrit souvent, à la croissance de métastases, rendant les zones des tissus normaux plus hospitalières pour les cellules tumorales qui voyagent également dans le corps et se disséminent dans ces zones.
Visant à se concentrer sur ce qui unit les métastases, les chercheurs ont d’abord cherché les éléments qui distinguent les cellules tumorales de mélanome qui ont tendance à être plus métastatiques d’une lignée de cellules de mélanome qui l’est moins. Lorsqu’ils ont introduit la TDF provenant de la maladie plus agressive chez des souris normales, ces animaux ont développé des niches pré-métastatiques : des zones propices au développement de métastases cancéreuses. Les animaux qui ont reçu du TDF provenant d’une forme moins agressive de mélanome ont à peine développé ces niches.

L’activation de la p38 était corrélée avec les métastases

Les chercheurs ont également prêté attention à la p38, car on sait qu’elle est activée en réponse à certains facteurs sécrétés par les cellules cancéreuses. Ils ont observé que son activation était corrélée avec les métastases, devenant plus fortement activée par la TDF à partir du mélanome fortement métastatique et moins activée par le mélanome moins métastatique.
Pour confirmer que cette enzyme était importante dans le processus métastatique, l’équipe a essayé deux tactiques : soit éliminer l’enzyme par manipulation génétique, soit bloquer l’effet de l’activité de la kinase en utilisant un inhibiteur qui arrête la voie qu’elle active. « En faisant l’une ou l’autre de ces méthodes, nous n’avons pas obtenu de niche pré-métastatique », explique M. Fuchs.
Dans l’espoir d’empêcher la formation de cette niche et, idéalement, des métastases, Fuchs et ses collègues ont traité des souris avec deux inhibiteurs différents de p38, tout en leur retirant chirurgicalement leurs tumeurs primaires. Ces deux traitements ont empêché la propagation du cancer au poumon et ont prolongé la survie des animaux.

Le potentiel du ralimetinib contre la propagation

L’une des thérapies qu’ils ont testées, le ralimetinib, est un médicament expérimental contre le cancer dont les performances dans le traitement des tumeurs primaires sont quelque peu médiocres. Mais les premiers essais ont montré qu’il était relativement sûr, suggérant qu’il pourrait être un composant spécialisé de l’arsenal de lutte contre le cancer, réduisant la capacité de la tumeur primaire à se propager.
Cette recherche a été publiée dans Nature Cancer.
Source : University of Pennsylvania
Crédit photo : Pixabay