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Pulvériser les cultures avec des spores bactériennes ou de levure qui ont des « codes barres » d’ADN uniques rendrait les aliments plus sûrs en permettant d’identifier rapidement la source de l’intoxication alimentaire, selon une équipe de l’université de Harvard.

Des spores à « codes barres » d’ADN

Ils ont modifié génétiquement des bactéries, mis au point un test rapide pour celles-ci et montré que les spores – qui sont inertes et inoffensives – persistent et restent détectables, même sur les aliments cuits.
On estime que près d’une personne sur dix dans le monde souffre d’une intoxication alimentaire et que plus de 400 000 personnes en meurent chaque année, selon l’OMS. La recherche de la source de la contamination est difficile et peut prendre plusieurs semaines, explique Jason Qian, de l’université de Harvard.
Son équipe a créé génétiquement des souches de bactéries Bacillus subtilis et de levure Saccharomyces cerevisiae pour leur donner des séquences d’ADN uniques « à code-barres ». Ces espèces sont très courantes et forment également des spores résistantes et durables.
Les spores des microbes à codes-barres sont inertes. Les gènes nécessaires à la sortie de dormance de B. subtilis ont été supprimés, et les spores de levure sont soumises à un traitement thermique pour les tuer. Ces deux types sont également incapables de fabriquer un acide aminé important, et ne peuvent donc se développer que lorsqu’on les nourrit.
L’équipe a ensuite pulvérisé ces spores sur diverses surfaces, dont le sable, la terre, la moquette et le bois. Ils ont pu les détecter trois mois plus tard, même sur des surfaces balayées ou aspirées, ou soumises à un vent ou une pluie simulée.

Elles sont très résistantes

Ensuite, ces spores ont été pulvérisées sur des plantes poussant dans des pots. Une semaine plus tard, l’équipe a pu identifier de quel pot provenait une feuille. À leur grande surprise, les spores sont restées détectables même après avoir été lavées, bouillies, frites et passées au micro-ondes. Ainsi, si des spores uniques étaient pulvérisées sur les cultures de différentes fermes avant la récolte, les autorités pourraient rapidement découvrir d’où provient un produit spécifique.
Les épidémies d’intoxication alimentaire peuvent être très coûteuses pour les producteurs et les magasins d’alimentation, explique M. Qian, car il faut souvent retirer de nombreux aliments des rayons des magasins par précaution jusqu’à ce que la source d’une épidémie soit identifiée.
De nombreux agriculteurs, y compris les agriculteurs biologiques, pulvérisent déjà leurs cultures avec des spores de Bacillus thuringiensis (Bt) pour tuer des parasites, dit-il. En fait, l’équipe a détecté des spores Bt sur 10 des 24 produits alimentaires achetés en magasin. Les spores codées pourraient facilement être ajoutées aux pulvérisations de Bt, dit Qian. « Nous ne voyons aucun coût supplémentaire. »
Des souches de Bt génétiquement modifiées ont déjà été approuvées pour être utilisées par les agriculteurs, explique Michael Springer, membre de l’équipe, également à l’université de Harvard. Pour cette raison, l’équipe ne pense pas qu’il serait difficile d’obtenir l’approbation réglementaire aux États-Unis pour les spores à code barres.

Le public les acceptera-t-elles ?

La question de savoir si le public approuverait ces spores est une autre affaire. « La plupart des gens ne savent même pas que le Bt est utilisé depuis les années 60 », explique M. Springer. L’équipe travaille avec une entreprise intéressée par la commercialisation de cette technologie.
Cette recherche a été publiée dans Science.
Source : New Scientist
Crédit photo : Pixabay