le-changement-climatique-tuera-presque-tous-les-ours-ici-2100
Le changement climatique non maîtrisé condamnera toutes les populations d’ours polaires du monde, sauf une, avant la fin du siècle, car la disparition de la glace de mer augmente leur rythme annuel au-delà de leurs limites.

Le changement climatique et les ours polaires

La dépendance des ours vis-à-vis de la glace de mer pour chasser les phoques signifie que les 26 000 derniers sont poussés vers des seuils physiologiques pour la durée de leur jeûne annuel, à mesure que l’Arctique se réchauffe. Cependant, le manque de données sur la démographie des 19 sous-populations d’ours polaires a rendu difficile l’établissement de calendriers précis quant à la durée pendant laquelle chaque groupe pourra continuer à vivre.
Pour combler cette lacune, Péter Molnár, de l’université de Toronto, et ses collègues ont imité l’approche adoptée par les climatologues pour modéliser les futures températures. Pour chacun des 19 groupes d’ours, ils ont combiné les estimations de l’étendue de la glace de mer pour leur partie de l’Arctique avec la quantité d’énergie dont ils ont besoin quotidiennement et leur taux de graisse avant chaque saison de jeûne pour construire un modèle informatique de « budget énergétique ». Ce modèle a permis de prévoir combien de temps ils pourront continuer à se reproduire et à survivre.
« Le résultat est très simple. Si nous continuons à émettre des gaz à effet de serre comme nous le faisons, il est très probable que nous perdrons toutes les populations d’ours polaires du monde avant la fin du siècle, sauf peut-être dans le très haut nord de l’Arctique, dans les îles de la Reine Elizabeth », déclare M. Molnár à propos d’un scénario à fortes émissions dans lequel les températures augmentent de près de 4 °Celsius à l’échelle mondiale d’ici 2100.
Même si les émissions sont réduites de façon drastiques et que le réchauffement est maintenu à un peu moins de 2°Celsius, la plupart des groupes d’ours seront encore poussés au-delà de leurs limites physiques – même si certains survivront probablement au cours de ce siècle.
Les chercheurs ont testé leur modèle avec des « prévisions rétrospectives », en comparant ses projections pour le passé avec les observations historiques réelles. Par exemple, ils ont pu établir une correspondance précise entre le nombre d’ours qui se sont déplacés dans les zones occidentales de la baie d’Hudson, au Canada, dans les années 1980 et 1990.

Réduire les émissions car il n’y a pas d’autre solution

Cette étude n’a pu modéliser que 13 des 19 groupes car il n’existait pas de modèles climatiques suffisamment détaillés pour les six autres, bien que M. Molnár affirme qu’il n’a aucune raison de penser qu’ils réagiraient différemment. Il affirme que les projections les plus sombres sont prudentes car pour chaque incertitude – comme la taille des futurs ours lorsqu’ils commenceront à jeûner – les chercheurs ont fait une erreur en se montrant optimistes.
Mark Lewis, de l’université d’Alberta à Edmonton, au Canada, qui n’a pas participé à cette étude, affirme que ce modèle de budget énergétique qui sous-tend cette recherche est solide et que ces prévisions rétrospectives sont impressionnantes. Selon M. Molnár, bien que cela puisse sembler être « une autre histoire de malédiction des ours polaires », ces recherches montrent que la réduction des émissions peut faire la différence. « Il n’y a pas d’autre solution ».
Cette recherche a été publiée dans Nature Climate Change.
Source : New Scientist
Crédit photo : Pixabay