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De nouvelles recherches ont systématiquement passé au crible des milliers d’ingrédients de « remplissage » que l’on pensait auparavant inertes et qui sont ajoutés aux médicaments. Les résultats révèlent que plusieurs dizaines de ces composés peuvent en fait être biologiquement actifs et provoquer des effets physiologiques indésirables.

Les composés inactifs dans les médicaments

La plupart des médicaments pharmaceutiques contiennent un certain nombre d’autres ingrédients à des fins diverses, allant du simple gonflement de la minuscule molécule active pour qu’elle puisse être transformée en pilule, à différents liants ou enrobages qui peuvent améliorer le potentiel thérapeutique. Ces composés ajoutés à un médicament sont appelés des excipients, et ils sont généralement considérés comme des composés inertes et biologiquement inactifs, sur la base d’études de toxicité antérieures sur les animaux.
La genèse de cette nouvelle recherche a eu lieu en 2017, lorsqu’une équipe de scientifiques a réalisé que la plupart des excipients utilisés actuellement n’ont été désignés comme inactifs que sur la base d’études animales ou de précédents historiques. Ainsi, si ces additifs pharmaceutiques ne génèrent pas d’effets physiologiques aigus, il n’existe pas de données sur leurs interactions moléculaires spécifiques ou leurs effets à long terme.
Pour combler cette lacune des chercheurs ont systématiquement passé au crible plus de 3 000 excipients. La première étape a consisté en une vaste évaluation informatique du potentiel d’interaction des molécules d’excipient avec les protéines humaines. Cela a permis aux chercheurs d’identifier les excipients les plus susceptibles d’interagir avec les protéines humaines et de tester ensuite ces molécules dans des conditions de laboratoire.

38 excipients avaient des interactions 

Les résultats ont porté sur 38 excipients qui ont montré des interactions avec 134 enzymes ou récepteurs humains. Joshua Pottel, auteur principal de cette nouvelle étude, déclare que la puissance de certains de ces excipients était inattendue et pourrait hypothétiquement expliquer la variété des réponses physiologiques observées chez différents patients prenant le même médicament.
« Notre étude devait s’appuyer sur des preuves anecdotiques que les excipients peuvent être responsables des effets physiologiques inattendus observés dans certaines formulations de médicaments », explique M. Pottel. Il n’était pas si surprenant de découvrir de nouvelles propriétés à ces composés sous-étudiés qui ont été considérés comme « inactifs » pendant des décennies, mais il était surprenant de voir à quel point certaines de ces molécules sont puissantes, surtout si l’on considère les quantités assez élevées parfois utilisées dans les formulations de médicaments ».
Il est important de noter que cette recherche ne prétend pas que ces excipients peuvent avoir de graves conséquences sur la santé humaine. D’autres études seront nécessaires pour comprendre si ces interactions moléculaires entraînent effectivement des effets physiologiques négatifs chez l’homme. Cependant, les chercheurs suggèrent que, dans de nombreux cas, ces excipients biologiquement actifs pourraient être facilement remplacés par des équivalents inactifs.

Remplacer ces composés par des molécules équivalentes

« Ces données montrent que si de nombreuses molécules d’excipients sont en fait inertes, un bon nombre d’entre elles peuvent avoir des effets jusqu’ici non observées sur des protéines humaines dont on sait qu’elles jouent un rôle important pour la santé et dans les maladies », déclare Brian Shoichet, un autre auteur de cette étude. « Nous démontrons une approche par laquelle les fabricants de médicaments pourraient à l’avenir évaluer les excipients utilisés dans leurs formulations, et remplacer ces composés biologiquement actifs par des molécules équivalentes qui sont réellement inactives ».
Cette recherche a été publiée dans Science.
Source : UCSF
Crédit photo : Pexels