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Selon une nouvelle analyse des anciennes pointes de flèches, les chasseurs-cueilleurs d’Afrique utilisaient peut-être des flèches à pointe empoisonnée depuis plus de 70 000 ans. Ce serait la plus ancienne utilisation connue de flèches empoisonnées au monde, selon Marlize Lombard de l’Université de Johannesburg en Afrique du Sud.

Des flèches empoisonnées 

En Afrique australe, le peuple San du Kalahari utilise des flèches à pointe empoisonnée pour chasser depuis des milliers d’années. Ils obtiennent souvent des poisons des intestins des larves de coléoptères de la famille des Diamphidia. Mais on ne sait pas exactement quand cette pratique a commencé.
« Les preuves directes de l’utilisation de flèches empoisonnées vraiment anciennes dans l’Ancien Monde sont rares », déclare M. Lombard. En Chine et en Égypte, les flèches empoisonnées sont utilisées depuis 2500 ans, dit-elle, alors qu’en Inde, cette pratique remonte à au moins 1000 ans. Elles sont également mentionnées dans le poème épique d’Homère, L’Odyssée, écrit un peu avant 700 ans avant J.-C.
La plupart des preuves archéologiques acceptées datent des 8000 dernières années. Cependant, il y a eu des indices selon lesquels les peuples d’Afrique australe auraient inventé des flèches empoisonnées bien avant. En avril, l’équipe de Lombard a publié une étude sur une pointe osseuse vieille de 60 000 ans. Ils ont conclu qu’il s’agissait d’une pointe de flèche et qu’elle était recouverte d’un liquide collant : c’était peut-être un poison, mais ils n’ont pas pu l’établir avec certitude.

Les pointes ont une particularité

Pour aider à identifier les anciennes pointes de flèche empoisonnées, Lombard a compilé des données à partir de 128 exemples connus, tous recueillis en Afrique australe au cours des 150 dernières années. Elle a mesuré la section transversale de la pointe de chaque flèche, ce qui donne une indication de sa netteté. Elle a constaté que les pointes de flèches empoisonnées ont une particularité : elles sont assez pointues pour trancher, mais pas assez pour aller en profondeur, car il suffit qu’elles s’enfoncent assez loin pour que le poison pénètre dans le sang.
Lombard a ensuite compilé les données de 306 pointes d’os similaires provenant de fouilles archéologiques, datant des 40 000 dernières années. Plusieurs avaient la même section transversale que les pointes de flèches empoisonnées modernes, ce qui suggère qu’elles ont été utilisées de la même manière.
Elle a également examiné 11 pointes osseuses plus anciennes, entre 50 000 et 80 000 ans. Huit correspondent au profil des pointes de flèches empoisonnées. Cela suggère que les Sud-Africains utilisaient des flèches empoisonnées il y a des dizaines de milliers d’années, bien que Lombard mette en garde contre la petite taille de l’échantillon pour cette période.
Cette recherche a été publiée dans Journal of Archaeological Science: Reports.
Source : New Scientist
Crédit photo : PXhere