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Les cellules T « mémoire » de votre système immunitaire gardent la trace des virus qu’elles ont déjà vus. Cette mémoire des cellules immunitaires leur donne une longueur d’avance pour reconnaître et combattre les envahisseurs récidivistes.

Les cellules T reconnaissent des parties du COVID-19

Maintenant une nouvelle étude menée par des scientifiques de l’Institut d’immunologie de La Jolla (LJI) montre que les cellules T mémoires qui reconnaissent les coronavirus du rhume reconnaissent également les sites de correspondance sur le SRAS-CoV-2, le virus qui cause le COVID-19.
Cette recherche pourrait expliquer pourquoi certaines personnes ont des cas de COVID-19 plus légers que d’autres – bien que les chercheurs soulignent qu’il s’agit d’une spéculation et que beaucoup plus de données sont nécessaires.
« Nous avons maintenant prouvé que, chez certaines personnes, la mémoire préexistante des cellules T contre les virus communs peut reconnaître le SRAS-CoV-2, jusqu’aux structures moléculaires exactes », déclare le professeur Daniela Weiskopf assistant de recherche à l’Institut de médecine légale, qui a codirigé cette nouvelle étude avec le professeur Alessandro Sette. « Cela pourrait aider à expliquer pourquoi certaines personnes présentent des symptômes plus légers de cette maladie alors que d’autres sont gravement malades ».
« La réactivité immunitaire peut se traduire par différents degrés de protection », ajoute M. Sette. « Avoir une forte réponse des cellules T, ou une meilleure réponse des cellules T peut vous donner la possibilité d’avoir une réponse beaucoup plus rapide et plus forte. »

Une pré-exposition donnerait une réponse plus forte

Ce nouveau travail s’appuie sur un récent article du laboratoire de Sette et du laboratoire du professeur Shane Crotty, qui a montré que 40 à 60 % des personnes jamais exposées au SRAS-CoV-2 avaient des cellules T qui réagissaient au virus. Leur système immunitaire reconnaissait des fragments du virus qu’il n’avait jamais vus auparavant. Cette découverte s’est révélée être un phénomène mondial et a été signalée chez des personnes des Pays-Bas, d’Allemagne, du Royaume-Uni et de Singapour.
Les scientifiques se sont demandé si ces cellules T provenaient de personnes qui avaient été exposées auparavant à des coronavirus du rhume – ce que Sette appelle les « cousins moins dangereux » du SRAS-CoV-2. Si oui, l’exposition à ces virus entraînait-elle une mémoire immunitaire contre le SRAS-CoV-2 ?
Pour cette nouvelle étude, les chercheurs se sont appuyés sur un ensemble d’échantillons recueillis auprès de participants à cette étude qui n’avaient jamais été exposés au SRAS-CoV-2. Ils ont défini les sites exacts du virus qui sont responsables de la réaction croisée des cellules T. Leur analyse a montré que les personnes non exposées peuvent produire une série de cellules T mémoire qui réagissent de la même manière contre le SRAS-CoV-2 et contre quatre types de coronavirus communs.
Cette découverte suggère que la lutte contre le coronavirus du rhume peut effectivement apprendre aux cellules T à reconnaître certaines parties du SRAS-CoV-2 et fournit la preuve de l’hypothèse selon laquelle les virus du rhume commun peuvent, en fait, induire une mémoire des cellules T à réaction croisée contre le SRAS-CoV-2.

Des preuves moléculaires très solides

Nous savions qu’il y avait une réactivité préexistante, et cette étude fournit des preuves moléculaires directes très solides que les cellules T à mémoire peuvent « voir » des séquences très similaires entre les coronavirus du rhume et le SRAS-CoV-2″, explique M. Sette.
En y regardant de plus près, les chercheurs ont découvert que si certaines cellules T à réactivité croisée visaient la protéine de pointe du SRAS-CoV-2, la région du virus qui reconnaît les cellules humaines et s’y lie, la mémoire immunitaire préexistante était également dirigée vers d’autres protéines du SRAS-CoV-2.
Cette découverte est pertinente, explique M. Sette, car la plupart des vaccins candidats ciblent principalement la protéine de pointe. Ces résultats suggèrent l’hypothèse selon laquelle l’inclusion de cibles supplémentaires du SRAS-CoV-2 pourrait accroître la possibilité de tirer parti de cette réactivité croisée et pourrait améliorer la puissance d’un futur vaccin.
Cette recherche a été publiée dans Science.
Source : La Jolla Institute for Immunology
Crédit photo : Pexels