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L’objectif de prélever des cœurs de porcs, pour résoudre la pénurie chronique de ces organes de donneurs, semble être à portée de main, selon une nouvelle étude réalisée par des chercheurs du Massachusetts General Hospital (MGH). Cette analyse décrit comment les récentes percées en matière de génie génétique et de développement de médicaments ont permis à une équipe allemande de transplanter avec succès des cœurs de porcs sur des babouins. Cette xénotransplantation cardiaque d’avant-garde, qui consiste à implanter un cœur d’une espèce dans une autre, pourrait contribuer à prolonger et à sauver d’innombrables vies humaines.

Des cœurs de porcs sur des babouins

Une transplantation cardiaque est souvent le seul espoir de survie, pour les patients souffrant d’une grave insuffisance cardiaque, et de certaines autres affections cardiaques qui ne répondent pas aux autres traitements. En 2019, les chirurgiens des États-Unis ont effectué 3 552 transplantations cardiaques, selon l’United Network for Organ Sharing. Un patient ayant besoin d’un nouveau cœur attend généralement plus de six mois pour qu’un organe de donneur soit disponible, et souvent beaucoup plus longtemps. Pour plusieurs patients, cette attente est trop longue.
L’auteur principal Richard N. Pierson III, et ses coauteurs discutent des percées scientifiques qui ont permis de surmonter les obstacles à la xénotransplantation cardiaque. Par exemple, le système immunitaire des babouins et d’autres primates (y compris les humains) reconnaissent les cœurs de porc, comme étant « étrangers » et les attaquent, ce qui entraîne le rejet des organes. En réaction, les scientifiques ont utilisé des techniques de génie génétique pour produire des porcs, dont les organes manquent de certains glucides qui sont les principales cibles du système immunitaire.
Le génie génétique a également permis de résoudre un autre problème lié à la xénotransplantation cardiaque. Les premières expériences ont montré que l’incompatibilité entre les protéines du sang humain et les protéines de la paroi des vaisseaux sanguins des porcs, pouvait provoquer des caillots sanguins. Pierson et ses collègues ont contribué aux efforts visant à développer et à tester des porcs, qui sont conçus pour porter des gènes responsables de la production d’une version humaine d’une protéine appelée thrombomoduline, qui permet de contrôler la coagulation.

Des anticorps contre les attaques des cellules immunitaires

L’innovation dans le développement de médicaments a également rendu possible la xénotransplantation cardiaque. Les greffés doivent prendre des médicaments qui suppriment le système immunitaire pour que l’organe ne soit pas rejeté. « Mais ces médicaments n’agissent pas quand on met un organe de porc dans un babouin », explique M. Pierson, ce qui laisse entendre que la suppression immunitaire classique ne fonctionnerait pas non plus chez l’homme.
Pour résoudre ce problème, Pierson a collaboré avec d’autres chercheurs pour développer des anticorps monoclonaux, qui bloquent les molécules connues sous les noms de CD40 et CD154. Ces anticorps monoclonaux empêchent les cellules immunitaires humaines, ou de babouin, d’attaquer les organes des porcs beaucoup plus efficacement que les immunosuppresseurs classiques.

Une transplantation chez les humains d’ici 2021

Enfin, l’équipe aborde la question de savoir si la transplantation d’organes animaux chez l’homme pourrait transmettre des maladies infectieuses, une préoccupation accrue par la pandémie actuelle de coronavirus. « Cela semble très peu probable », déclare M. Pierson. « Le point culminant de plusieurs recherches et de travaux acharnés de notre groupe et d’autres, au cours des 35 dernières années, est qu’il semble maintenant que la transplantation de cœur de porc à l’homme soit possible ». Il prédit que les premiers humains pourraient recevoir des cœurs de porc transplantés dès la fin de 2021.
Cette recherche a été publiée dans Circulation.
Source : Massachusetts General Hospital
Crédit photo : Pexels