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Une nouvelle étude sur les animaux, menée par des chercheurs de l’université de Californie du Sud, suggère qu’une hormone régulatrice de la faim, sécrétée par l’estomac, pourrait également influencer la mémoire et les fonctions cognitives. Cette étude s’appuie sur un nombre croissant de recherches sur la communication entre l’intestin et le cerveau via le nerf vague.

L’hormone ghréline et la mémoire

En 2018, une équipe de chercheurs de l’USC a publié une étude sur les répercussions cognitives des perturbations de la communication intestin-cerveau. Cette recherche s’est concentrée sur le nerf vague, un long nerf qui assure la médiation de la communication entre le système digestif et le cerveau.
Il n’est pas surprenant que la perturbation du nerf vague réduise la capacité d’un animal à réguler ses comportements alimentaires, mais cette étude a également révélé des troubles cognitifs inattendus. L’étude précédente a montré que les animaux dont la voie de communication entre l’intestin et le cerveau était coupée, présentaient des troubles de la mémoire de travail spatiale. Cela suggère que la communication intestin-cerveau via le nerf vague, joue un rôle imprévu dans la fonction de la mémoire.
Suite à cette étude, le dernier projet de l’équipe de l’USC s’est concentré sur une hormone appelée ghréline. Sécrétée par les cellules du tractus gastro-intestinal, la ghréline est connue sous le nom « d’hormone de la faim », en raison de sa fonction de régulation des comportements alimentaires. L’hypothèse qui sous-tend cette nouvelle recherche, est que la ghréline pourrait influencer des fonctions cognitives plus importantes que les comportements alimentaires.
Chez les rats, les chercheurs ont bloqué l’activité des récepteurs de la ghréline sur les neurones de l’intestin. Il s’agit des récepteurs qui communiquent avec le cerveau, via le nerf vague, en réponse aux sécrétions de la ghréline dans l’intestin. Ainsi, contrairement à l’étude précédente, qui avait largement entravé la communication du nerf vague, cette étude s’est concentrée spécifiquement sur la communication de la ghréline avec le cerveau par le nerf vague.
Scott Kanoski, auteur principal de cette nouvelle étude, déclare que les expériences ont d’abord observé les animaux, manger plus fréquemment. Les rats ont pris du poids et ont montré des perturbations de la régulation du glucose. Cependant, ce bloc de ghréline dans le cerveau n’a étrangement pas conduit ces animaux à manger plus de nourriture.

Ils avaient oublié leur dernier repas

« Cela ne semblait pas affecter la quantité de nourriture qu’ils mangeaient », dit Kanoski. « [Au lieu de cela], ils ont augmenté la fréquence de leurs repas, de sorte qu’ils en ont consommé davantage et ils ont compensé cela en réduisant la taille de leurs repas. Nous pensons que l’augmentation de la fréquence des repas est liée à leurs troubles de la mémoire. La mémoire de la dernière fois que vous avez mangée, influence la fréquence à laquelle vous allez mangée. Cela a conduit les rats de notre étude à manger plus tôt ».
Cette déficience de la mémoire induite par le blocage de la signalisation de la ghréline, n’a pas altéré la capacité de ces animaux à se rappeler où se trouvait leur nourriture, mais elle semble avoir eu pour conséquence que les animaux ont rapidement oublié qu’ils avaient déjà mangé un repas.
« Les animaux étaient atteints d’un certain type de mémoire, appelé mémoire épisodique », explique Elizabeth Davis, coauteur de cette nouvelle étude. « C’est le type de mémoire qui vous aide à vous souvenir de votre premier jour d’école, ou de ce que vous avez mangé au petit déjeuner hier ».

Un traitement potentiel de la démence 

Elizabeth Davis souligne la nécessité de poursuivre les recherches avant que cette voie de l’intestin et du cerveau puisse être exploitée, comme traitement clinique chez l’homme. Toutefois, cette nouvelle étude vient s’ajouter aux preuves suggérant un rôle potentiel futur de l’intestin et du cerveau dans les traitements de la démence et du déclin cognitif.
Cette recherche a été publiée dans Current Biology.
Source : USC
Crédit photo : Pexels