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Les vaches laitières, exposées pendant quelques années à de l’eau contaminée par des métaux lourds, sont porteuses d’un plus grand nombre d’agents pathogènes chargés de gènes de la résistance aux antimicrobiens, capables de tolérer et de survivre à divers antibiotiques.

La résistance aux antimicrobiens

C’est ce qu’a découvert une équipe de chercheurs qui a mené une étude sur deux troupeaux laitiers au Brésil, quatre ans après la rupture d’un barrage retenant des déchets miniers, et cela met en évidence une menace pour la santé humaine, affirment les chercheurs.
Cette étude est la première à montrer que la persistance à long terme des métaux lourds dans l’environnement peut déclencher des modifications génétiques et interférer avec les communautés de micro-organismes qui colonisent les vaches laitières, selon la chercheuse Erika Ganda, professeure adjointe de microbiologie.
« Nos conclusions sont importantes car si la résistance bactérienne aux antimicrobiens, est transférée par la chaîne alimentaire par la consommation de lait ou de viande, cela aurait des implications substantielles pour la santé humaine », a-t-elle déclaré. Ce que nous avons vu, c’est que lorsque la contamination par les métaux lourds est présente dans l’environnement, il y a un risque de prolifération des « superbactéries » ».
Pour parvenir à leurs conclusions, les chercheurs ont identifié des gènes de la résistance aux antimicrobiens dans les fèces, le liquide du rumen et les voies nasales de 16 bovins laitiers, dans la zone contaminée par les déchets de minerai de fer quatre ans après la catastrophe environnementale. Les chercheurs ont comparé les échantillons prélevés sur ces animaux à des échantillons analogues, provenant de 16 bovins laitiers d’une ferme non touchée, située à environ 354 kilomètres de là.

Des communautés de bactéries très différentes

La communauté de micro-organismes du bétail continuellement exposé à l’eau contaminée différait à bien des égards de celle des vaches non exposées aux métaux lourds, a noté la chercheuse Natalia Carrillo Gaeta, doctorante et assistante de recherche de l’Université de Sao Paulo, au Brésil.
L’abondance relative et la prévalence des gènes de la résistance aux antimicrobiens bactériens étaient plus élevées chez les bovins de l’exploitation touchée par les métaux lourds, que chez ceux de l’exploitation non contaminée, a-t-elle soulignée.
Le lien entre la concentration de métaux lourds dans l’environnement et la prévalence accrue de la résistance aux antibiotiques chez les bactéries, a déjà été constaté, a déclaré M. Ganda. Il est connu sous le nom de « phénomène de co-résistance », et se caractérise par la proximité entre différents types de gènes de la résistance situés dans le même élément génétique.
« En raison de cette connexion, le transfert d’un gène fournissant une résistance aux métaux lourds, peut se produire de concert avec le transfert du gène le plus proche, fournissant une résistance aux antibiotiques, a-t-elle dit. « Par conséquent, certains mécanismes de la résistance sont partagés entre les antibiotiques et les métaux lourds ».

Un risque pour la santé humaine

« Dans cette catastrophe environnementale brésilienne, non seulement plusieurs personnes et animaux ont été tués, par l’inondation causée par la rupture du barrage, mais la contamination a persisté dans l’environnement et s’est transférée aux vaches laitières, ce qui pourrait potentiellement poser un autre risque pour les humains », a déclaré Mme Ganda. « Si ces animaux sont colonisés, des bactéries résistantes pourraient également se rendre jusqu’aux humains et les coloniser à travers la chaîne alimentaire ».
Cette recherche a été publiée dans Frontiers of Microbiology.
Source : Pennsylvania State University
Crédit photo : Pexels