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Nous pouvons encore sauver 102 espèces menacées d'extinction

Société 27 novembre 2020

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L’estuaire du fleuve Fraser, en Colombie-Britannique au Canada, abrite 102 espèces menacées d’extinction. Selon une nouvelle étude, il n’est pas trop tard pour sauver ces espèces si des mesures sont prises maintenant.

Sauver des espèces menacées

« Il n’existe actuellement aucun plan global pour les sauver. Si nous n’agissons pas rapidement, de nombreuses espèces, y compris des espèces de saumons et d’orques résidents du sud, risquent de disparaître dans les 25 prochaines années », déclare l’auteur principal Tara Martin, professeur de sciences de la conservation à l’UBC.
L’estuaire du Fraser est le plus grand de la côte Pacifique de l’Amérique du Nord. Plus de trois millions de personnes dans le Lower Mainland de la Colombie-Britannique vivent près du fleuve Fraser, et nombre d’entre elles dépendent de ces espèces et de ces écosystèmes pour leur subsistance, leur culture et leur bien-être.
En appliquant un cadre décisionnel de conservation appelé Priority Threat Management (gestion prioritaire des menaces), développé par Mme Martin et son équipe, les auteurs ont réuni plus de 65 experts en écologie et en gestion des espèces qui utilisent l’estuaire du fleuve Fraser pour identifier les mesures de conservation, estimer leur bénéfice pour la récupération des espèces, leur coût et leur faisabilité.

Un plan pour la préservation

Ce plan prévoit la mise en place d’un organisme de cogouvernance environnementale qui voit les gouvernements des Premières nations, fédéral et provincial travailler ensemble avec les municipalités, les ONG et l’industrie pour mettre en œuvre ces stratégies. Cette recherche montre que la cogouvernance est à la base du succès de la conservation dans les zones urbaines, en augmentant la faisabilité des stratégies de gestion.
Tout au long de l’histoire, les humains se sont installés dans des zones à forte biodiversité. Aujourd’hui, ces zones abritent nos plus grands centres urbains dont la biodiversité est de plus en plus compromise par des menaces cumulatives croissantes.
L’auteur principal, Laura Kehoe, qui a fait ce travail alors qu’elle était boursière postdoctorale à l’Université de Victoria et à l’UBC, affirme qu’il n’est pas trop tard pour sauver ces espèces si nous agissons maintenant.

Un prix à payer dérisoire

« Le prix à payer est de 381 millions de dollars sur 25 ans, soit 15 millions de dollars par an, et investit dans des stratégies allant de la restauration des habitats aquatiques et de la réglementation des transports aux infrastructures vertes et à la gestion des terres publiques. Cela représente moins de 6 dollars par personne et par an dans le Grand Vancouver, soit le prix d’une seule bière ou d’un seul café au lait ».
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Les auteurs reconnaissent que l’identification des stratégies de gestion visant à conserver ces espèces dans ces régions, et la mise en place d’une gouvernance efficace pour superviser leur mise en œuvre, présentent d’énormes défis – mais le coût de l’inaction est stupéfiant.
« Non seulement nous risquons de perdre ces espèces dans cette région, mais les avantages connexes de l’investissement dans ces actions de conservation sont énormes », explique M. Martin. « Par exemple, en plus de générer plus de 40 emplois à temps plein pendant 25 ans, la valeur historique d’une pêcherie de saumon du Fraser dépasse les 300 millions de dollars par an, et l’observation des baleines représente plus de 26 millions de dollars. Si nous perdons des populations florissantes de ces espèces, nous perdons ces industries. Notre étude suggère que l’investissement dans la conservation crée des emplois et des opportunités économiques ».

Des dangers venant de futurs développements industriels

De manière cruciale, cette étude a révélé que les futurs développements industriels majeurs, y compris le controversé pipeline Trans Mountain et l’expansion du terminal portuaire de Roberts Bank, mettent en danger l’avenir de beaucoup de ces espèces, y compris l’orque, le saumon et l’esturgeon résidents du sud, et le bécasseau d’Ouest migrateur.
Cette étude conclut que la conservation de la biodiversité dans les zones fortement urbanisées n’est pas une cause perdue, mais qu’elle nécessite une planification stratégique urgente, une attention à la gouvernance et des investissements à grande échelle.
Cette recherche a été publiée dans Conservation Science and Practice.
Source : University of British Columbia
Crédit photo sur Unsplash : Sean McGee / Pixabay