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Le sommeil est le meilleur remède, comme le dit le vieux dicton. En effet, des études ont montré qu’un sommeil plus long entraîne une meilleure récupération. Il n’est pas surprenant que notre cerveau réagisse à une blessure en prolongeant notre sommeil. Mais comment cela se produit-il ? Comment le cerveau est-il informé de la blessure ? La blessure envoie-t-elle une sorte de message à long terme au cerveau ?

Le sommeil comme remède

Une équipe de scientifiques s’est penchée sur ces questions en examinant les blessures et le sommeil chez les vers. « Le ver C. elegans est l’animal le plus simple que nous puissions examiner pour étudier le sommeil. C’est un modèle qui permet d’utiliser un large éventail de techniques de biologie moléculaire pour explorer en détail les processus biologiques fondamentaux », explique le professeur Bringmann, chef de groupe de recherche au Centre de biotechnologie (BIOTEC) de l’Université technique de Dresde.
Une équipe dirigée par le professeur Bringmann a commencé par rechercher les gènes responsables de la prolongation du sommeil chez ces vers. Ils ont effectué un dépistage génétique à grande échelle et analysé plus de 4 500 mutations génétiques différentes. L’un des gènes qu’ils ont trouvé a retenu leur attention. La stimulation de l’activité de ce gène a entraîné une augmentation de la production de peptides antimicrobiens (AMP). Les AMP sont des antibiotiques naturels que le corps produit à l’intérieur de la plaie pour combattre les agents pathogènes.
Pour découvrir le lien entre ces peptides antimicrobiens et la signalisation du sommeil, les scientifiques de Dresde ont travaillé avec les immunologistes Nathalie Pujol et Jonathan Ewbank du Centre d’Immunologie de Marseille-Luminy (CIML) en France. Ensemble, l’équipe a manipulé l’expression génétique des vers. Ils ont arrêté la production des antibiotiques naturels et ont examiné ce qui arrive aux vers blessés.
Ce qui ressemble à un interrupteur n’était en réalité pas du tout une tâche facile. Il s’est avéré que ces peptides antimicrobiens sont très redondants. Les scientifiques ont découvert qu’il fallait éteindre simultanément un total de 19 gènes différents responsables de la production d’AMP pour observer une différence frappante.

Sans ces peptides les vers dormaient moins

« Nous avons constaté que les vers qui ne produisaient pas de peptides antimicrobiens dormaient beaucoup moins après une blessure », explique le professeur Bringmann. « Normalement, ces vers survivent assez bien aux blessures. Cependant, nous avons observé que la perte de sommeil augmentait le nombre de vers qui ne survivaient pas à une blessure apparemment non mortelle », ajoute le professeur Bringmann.
Les chercheurs ont pu montrer qu’une fois libérés de la blessure cutanée, ces vers agissent comme un messager et activent des récepteurs dans le cerveau. Cette activation fonctionne comme un interrupteur et incite en outre les neurones du sommeil à augmenter la durée du sommeil. « On sait depuis longtemps que les AMP agissent localement, mais nos travaux ont suggéré qu’elles agissent également comme des molécules messagères à longue portée, pour signaler le besoin de sommeil des blessures au système nerveux », explique le professeur Bringmann.

Le sommeil pour récupérer et survivre

Ces résultats renforcent encore le rôle du sommeil dans la récupération des blessures. « Comme le sommeil est présent chez pratiquement tous les animaux, nos résultats indiquent que le sommeil pourrait être crucial pour récupérer et survivre à une blessure, non seulement pour ces vers, mais aussi pour d’autres animaux et peut-être même pour les humains », conclut le professeur Bringmann.
Cette recherche a été publiée dans Current Biology.
Source : Dresden University of Technology
Crédit photo : Rawpixels