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Un groupe de protéines appelé 4E-BPs, impliqué dans la formation de la mémoire, est la clé pour débloquer l’effet antidépresseur de la kétamine dans le cerveau, selon des chercheurs de trois universités canadiennes. Cette découverte pourrait conduire à de meilleurs traitements, plus efficaces et plus sûrs pour certains patients souffrant de dépression majeure.

Des protéines expliquent l’action de la kétamine

Comme plus de 30 % des patients sont résistants aux inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine (ISRS), les antidépresseurs les plus couramment prescrits, il est difficile de trouver un traitement efficace pour les troubles dépressifs majeurs.
Au départ, la kétamine a été approuvée pour l’anesthésie et le soulagement de la douleur. Depuis sa découverte, les chercheurs étudient de nouvelles utilisations pour ce médicament, et la kétamine a été approuvée l’année dernière pour les patients souffrant de dépression majeure qui résiste aux traitements traditionnels. Contrairement aux antidépresseurs classiques, dont l’effet peut prendre plusieurs semaines, la kétamine agit en quelques heures. Jusqu’à présent, on connaissait peu le mécanisme moléculaire qui déclenche l’effet antidépresseur de la kétamine sur le cerveau.

Une étude sur l’effet de la kétamine sur l’activité neuronale

Dans cette étude de l’Université McGill, de l’Université de Montréal et de l’Université Carleton, les chercheurs ont étudié l’effet de la kétamine sur le comportement et l’activité neuronale chez la souris. En utilisant des outils génétiques pour éliminer ces protéines de certaines cellules du cerveau. L’équipe a découvert que lorsque les 4E-BP sont absentes du cerveau, en particulier dans les neurones, la kétamine ne peut produire son effet antidépresseur. Les 4E-BPs agissent comme un interrupteur pour activer ou désactiver le processus de synthèse des protéines – une composante essentielle de la formation de la mémoire.
Les chercheurs ont examiné le rôle des 4E-BP sur l’effet de la kétamine dans deux grands types de neurones : les neurones excitateurs, qui constituent la plupart des neurones dans certaines parties du cerveau, et les neurones inhibiteurs, qui contrôlent les neurones excitateurs et ont des effets importants sur le comportement. « Nous nous attendions à ce que les 4E-BPs ne soient importants que dans les cellules excitatrices, mais, étonnamment, l’élimination des 4E-BPs des cellules inhibitrices a suffi à bloquer l’effet de la kétamine », explique le coauteur Jean-Claude Lacaille, professeur au département des neurosciences de l’Université de Montréal.

Une thérapie imparfaite

Cette découverte et l’approbation de la kétamine pour les patients résistants aux autres traitements, ont été considérées comme une avancée majeure de la psychiatrie moderne. Malgré ses promesses, la kétamine reste une thérapie imparfaite car elle peut créer une dépendance. Les chercheurs espèrent que leurs découvertes ouvriront la voie à des thérapies antidépressives plus sûres pour les patients souffrant de troubles dépressifs majeurs.
« Trop de décisions continuent d’être prises selon une approche par essais et erreurs, qui peut prolonger la souffrance des patients et affecter leur qualité de vie », déclare le coauteur Aguilar-Valles. « Notre découverte pourrait nous rapprocher de la création d’une alternative plus sûre à la kétamine, et en fin de compte d’une approche de médecine personnalisée, où les traitements médicaux sont adaptés aux caractéristiques individuelles de chaque patient ».
Les prochaines étapes consisteront à déterminer si les hommes et les femmes ont des réactions différentes à la kétamine. Cela pourrait avoir des implications importantes pour le traitement des personnes souffrant de troubles dépressifs, parmi lesquelles les femmes sont nettement surreprésentées.
Cette recherche a été publiée dans Nature.
Source : McGill University
Crédit photo : Pexels