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La raison pour laquelle les humains font et apprécient la musique est un mystère évolutif. « La musique est une partie extrêmement importante de notre vie et implique souvent de puissantes émotions », déclare Edward Hagen, de l’université d’État de Washington. Mais il ajoute que nous ne comprenons pas encore totalement pourquoi elle a une telle emprise sur nous.

Les racines de la musique humaine

David Schruth, de l’université de Washington, et ses collègues ont une nouvelle explication. Ils affirment que les racines de la musique humaine remontent aux branches des arbres il y a plus de 50 millions d’années, lorsque les premiers primates sont apparus. Des preuves fossiles suggèrent que ces premiers primates se déplaçaient dans la canopée forestière, en sautant de branche en branche, une façon périlleuse de se déplacer qui repose sur une coordination et un contrôle musculaire extrêmement précis.
Schruth et ses collègues soutiennent que les premiers primates ont cherché des partenaires sexuels qui étaient des acrobates qualifiés, et le fait de chanter les aurait aidés à choisir. Pour dire les choses simplement, un primate qui appelle d’une manière élaborée et musicale, fait la promotion qu’il a un contrôle fin sur les muscles de ses cordes vocales. Selon l’équipe de Schruth, cela aurait pu convaincre d’autres primates qu’en lui répondant, ils avaient aussi  de très bons contrôles sur leurs membres.
Pour tester cette idée, l’équipe a évalué la musicalité – par exemple, le timbre et le rythme – de 800 appels acoustiques de 60 espèces de primates, et a examiné les données sur la fréquence à laquelle les espèces sautent et se balancent dans les branches. L’équipe a découvert que les espèces qui sautaient et se balançaient le plus souvent, avaient des cris plus compliqués, qu’elle a qualifiés de « protomusicaux ».
Selon M. Schruth, la musique ne se prête pas bien à une définition unique et claire, ce qui a un impact énorme sur la façon dont les chercheurs explorent ses racines. « Celui qui définit les phénomènes peut raconter l’histoire de l’origine », dit-il.

Les vocalisations des primates et notre musique

M. Hagen, qui n’a pas participé à cette étude, est d’accord avec ce point. « Certaines personnes excluraient de la musique ce que nous voyons chez les primates et les oiseaux chanteurs », dit-il. « D’autres, dont je fais partie, voient une continuité entre la musique humaine et les vocalisations des primates ».
Il ne pense pas que la musique humaine ait une seule et simple explication. L’année dernière, lui et ses collègues ont fait valoir que nos ancêtres humains utilisaient à l’origine des vocalisations de type musical de deux manières : les groupes vocalisaient ensemble pour envoyer un signal de force et d’unité afin d’intimider les étrangers, et les mères utilisaient des vocalisations en solo pour communiquer avec les nourrissons. Un autre article publié l’année dernière présentait une autre idée : les humains utilisaient la musique pour forger des liens sociaux.
Toutes ces idées pourraient être compatibles, dit Hagen. La protomusique pourrait avoir évolué chez les primates à la fois pour attirer des compagnons et pour la signalisation territoriale. Plus tard, lorsque les premiers humains ont commencé à coopérer en grand nombre, la protomusique aurait pu être réorientée de manière à attirer plutôt qu’à effrayer les étrangers, tout en renforçant les liens sociaux au sein des groupes.
Cela permettrait d’expliquer comment notre musique peut susciter une telle gamme d’émotions, et pourquoi elle est tellement plus sophistiquée et complexe que les chants des autres espèces.
Cette recherche a été pré-publiée dans bioRxiv
Source : New Scientist
Crédit photo : Pexels