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Des champignons ont permis aux scientifiques de faire une percée dans la transformation du bois, en une source utile d’électricité propre, qui pourrait un jour déboucher sur des « salles de bal énergétiques ».

Une nouvelle source d’électricité 

La possibilité d’appliquer une pression sur le bois pour produire une charge électrique, connue sous le nom d’effet piézoélectrique, est discutée depuis les années 1940 et 1950. Toutefois, la quantité infime d’électricité produite par ce procédé a freiné cette idée.
Maintenant, une équipe dirigée par Ingo Burgert de l’ETH Zurich, en Suisse, a découvert comment modifier la structure interne du balsa pour multiplier par 55 la puissance piézoélectrique. La solution consistait à pourrir délibérément le bois.
Burgert et ses collègues ont appliqué un champignon de pourriture sur du balsa pendant plusieurs semaines. Ce champignon a rapidement décomposé la lignine et l’hémicellulose du bois, réduisant son poids de près de la moitié. Ils ont découvert que le traitement idéal était de six semaines pour créer un bois plus compressible – ce qui signifie qu’il peut générer plus d’électricité par l’action de presser et de relâcher la pression – sans perdre sa résistance.
L’équipe a ensuite monté neuf blocs de bois pourri, recouverts d’un placage en bois, afin de créer un prototype de « plancher énergétique » câblé pour alimenter une LED. « Il est clair qu’il ne s’agit que d’un premier pas dans cette direction. Mais il est important de montrer qu’il existe un potentiel », déclare M. Burgert.

Pour alimenter des capteurs à distance

La quantité d’électricité produite est encore très faible, à peine 0,85 volt pour un cube de bois pourri de 15 millimètres de côté. Dans un premier temps, l’électricité pourrait alimenter des capteurs à distance, qui détecteraient si une personne âgée est tombée, suggère M. Burgert. Toutefois, à plus long terme, il envisage que les planchers énergétiques, tels qu’une salle de bal en bois, puissent produire un rendement beaucoup plus important.
Ce développement pourrait conduire à la construction de davantage de bâtiments en bois, ce qui est déjà encouragé, car les structures en bois ont une empreinte carbone plus faible que celles en béton et en acier. La commission britannique sur le changement climatique a déclaré que la part du bois dans les matériaux de construction des nouvelles habitations, qui se situe aujourd’hui entre 15 et 28 %, devrait passer à 40 % d’ici à 2050, pour aider ce pays à atteindre son objectif de zéro émission.
Javier Ribera, membre de l’équipe du Laboratoire fédéral suisse pour la science et la technologie des matériaux, déclare : « nous pouvons faire beaucoup plus que l’utilisation traditionnelle du bois. Nous pouvons ajuster ses propriétés, nous pouvons faire beaucoup d’autres choses avec le bois, qui pourraient faire partie des futures villes intelligentes ou des nouveaux matériaux de construction. »

La même technique avec d’autres sortes de bois

Pour l’instant, cette technique n’est possible qu’avec le balsa, qui, selon Burgert, a une densité particulièrement faible et des parois cellulaires très fines. D’autres recherches seront nécessaires sur différents traitements de champignons pour d’autres espèces d’arbres. Xiping Wang, du ministère américain de l’agriculture, qui n’a pas participé à cette étude, estime que ces résultats sont prometteurs. « Le prétraitement fongique proposé pour le bois indigène représente une percée au niveau fondamental », dit-il.
Cette recherche a été publiée dans Science Advances.
Source : New Scientist
Crédit photo : Pexels