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Les retardateurs de flamme bromés (RFB) sont présents dans les meubles, les appareils électroniques et les ustensiles de cuisine, pour ralentir la propagation des flammes en cas d’incendie. Or, il a été démontré que ces molécules pouvaient entraîner un développement précoce des glandes mammaires, lié à un risque accru de cancer du sein.

Le cancer du sein

Les composants des retardateurs de flamme sont des perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire qu’ils interfèrent avec le système hormonal. Comme ils ne sont pas directement liés au matériau dans lequel ils sont ajoutés, ces molécules s’échappent facilement. Elles se retrouvent alors dans la poussière domestique, l’air et les aliments.

Cette exposition peut entraîner des problèmes pour les glandes mammaires car leur développement est fortement régulé par les hormones. « Les RFB présentent un risque important, notamment pendant les périodes de la vie intra-utérine à la puberté et pendant la grossesse », explique le professeur Plante, codirecteur du Centre intersectoriel d’analyse des perturbateurs endocriniens et toxicologue environnemental. Les perturbateurs endocriniens, tels que les RFB, peuvent imiter les hormones et provoquer une réaction inappropriée des cellules.

Les effets de l’exposition environnementale

Dans leurs expériences, l’équipe a exposé des rongeurs femelles à un mélange de RFB, similaire à celui que l’on trouve dans la poussière domestique, avant l’accouplement, pendant la gestation et pendant la lactation. Les biologistes ont pu observer les effets sur la progéniture à deux stades de développement et sur les mères.

Chez les rats prépubères, l’équipe a noté un développement précoce des glandes mammaires. Pour les rats pubères, les résultats, publiés en 2019, ont montré une dérégulation de la communication entre les cellules. Des conséquences similaires ont été observées chez les géniteurs femelles dans une étude de 2017. Tous ces effets sont associés à un risque accru de cancer du sein.

Le professeur Isabelle Plante souligne que des sommets d’exposition humaine aux RFB ont été observés au début des années 2000. « Les jeunes femmes exposées aux RFB in utero et par l’allaitement sont maintenant dans les premiers stades de la fertilité. Leurs mères sont dans la cinquantaine, une période de risque accru de cancer du sein », explique le professeur Plante. C’est pourquoi l’équipe étudie actuellement les perturbateurs endocriniens liés à une prédisposition au cancer du sein.

Une meilleure législation

Dans ces trois études, la plupart des effets ont été observés lorsque les sujets ont été exposés à la dose la plus faible, celle de la poussière, et non aux doses plus élevées. Cette observation soulève des questions sur la législation actuelle relative aux perturbateurs endocriniens. « Pour évaluer la dose « sûre », les experts donnent une dose croissante puis, lorsqu’ils observent un effet, l’identifient comme la dose maximale. Avec les perturbateurs endocriniens, les conséquences à long terme seraient provoquées par des doses plus faibles » rapporte le professeur Plante.

Bien que contre-intuitive, cette observation vient du fait que les fortes doses déclenchent une réponse toxique dans les cellules. Lorsque l’organisme est exposé à des doses plus faibles, similaires à la concentration d’hormones dans notre corps, les conséquences consistent plutôt en une dérégulation du système hormonal.

Cette recherche a été publiée dans Toxicological Sciences.

Source : INRS
Crédit photo : StockPhotoSecrets