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Une découverte impliquant plusieurs équipes du Scripps Research a révélé une nouvelle approche puissante pour traiter les ulcères du pied diabétique, qui touchent 425 millions de personnes dans le monde, et entraînent souvent de graves complications. En ciblant un gène qui contrôle la croissance et la régénération des tissus, les scientifiques ont pu stimuler la division cellulaire sur le site de la blessure et réparer rapidement ces plaies chroniques.

Une nouvelle approche

Compte tenu de la prévalence croissante du diabète et des options limitées pour traiter les ulcères du pied – qui peuvent conduire à l’amputation dans les cas graves – il est clair que des traitements plus efficaces sont nécessaires, explique le chimiste Michael Bollong, professeur adjoint au Scripps Research et auteur principal de cette étude.
« Nous avons mis au point un moyen d’activer de multiples aspects de la cicatrisation des plaies à l’aide d’un médicament à petite molécule qui peut être appliqué par voie topique, sans affecter les autres tissus », explique Michael Bollong. « Essentiellement, nous avons pu inciter les cellules à proliférer et à refermer la plaie, restaurant ainsi les couches externes de la peau. »
Le groupe de Bollong a travaillé de concert avec le laboratoire de Peter Schultz, et les équipes de découverte de médicaments de Calibr, qui ont passé en revue plus de 800 000 molécules pour en trouver une qui stimule les principales voies de régénération. Le médicament, PY-60, agit sur un régulateur de la croissance tissulaire jusqu’alors inconnu.
Les chercheurs ont testé leur approche sur des modèles animaux et sur des « équivalents de peau humaine », c’est-à-dire des échantillons de peau prélevés sur des personnes et cultivés dans une boîte de Pétri. Ils espèrent commencer les essais cliniques au cours de l’année prochaine.

Cette approche fonctionnait pour d’autres maladies

Outre le traitement des plaies chroniques, M. Bollong estime que cette approche pourrait déboucher sur de nouvelles thérapies régénératives pour les maladies cardiaques, les troubles hépatiques et les maladies inflammatoires de l’intestin (MII). « Nous pensons que l’avenir de ce type de thérapie régénérative est incroyablement prometteur », déclare M. Bollong.
À court terme, toutefois, l’accent est mis sur les ulcères du pied diabétique, qui touchent environ 15 % des personnes diabétiques. Selon M. Bollong, plus de la moitié des personnes chez qui on a diagnostiqué un ulcère du pied diabétique ne survivront pas aux cinq prochaines années, et la seule thérapie régénérative existante a été mise au point il y a plus de vingt ans et son efficacité est limitée.
Au cœur de cette nouvelle approche se trouve un gène appelé YAP, qui est connu pour contrôler la taille des organes et la régénération des tissus. YAP est régulé par une voie appelée Hippo, qui est souvent la cible des médicaments anticancéreux en raison de sa capacité à influencer la croissance cellulaire.
Grâce à leurs recherches, les scientifiques ont découvert un acteur jusqu’alors inconnu dans la voie Hippo, une protéine qui travaille avec YAP pour communiquer la densité cellulaire ; lorsqu’un organe ou un autre tissu atteint une certaine concentration, les cellules cessent de croître.

Les tissus se remettent en mode de production

Mais en ciblant cette protéine avec cette nouvelle molécule, les cellules des tissus se remettent en mode de production. Le processus de guérison se déroule rapidement et sans produire d’effets secondaires négatifs; dans les expériences, la couche de peau externe a doublé en une semaine.
« Nous avons trouvé ces résultats incroyablement convaincants », déclare Bollong. « Nous espérons que cette approche régénératrice pourra éventuellement être ajoutée aux normes des soins qui existent, pour les ulcères du pied diabétique. »
Cette recherche a été publiée dans Nature Chemical Biology.
Source : The Scripps Research Institute
Crédit photo : Pexels