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Les lions ont des bâillements contagieux, et ils semblent utiliser ce comportement pour s’envoyer des signaux entre eux. Cette observation constitue la première preuve concrète que le bâillement peut synchroniser le comportement d’une espèce animale : « les lions partagent beaucoup de choses, comme des chasses très organisées et la prise en charge des [petits] », explique Elisabetta Palagi de l’université de Pise, en Italie. « Il est donc évident qu’ils doivent synchroniser leurs mouvements, et qu’ils doivent communiquer et anticiper les actions de leurs compagnons. »

Les lions bâillent

Elisabetta Palagi n’avait pas prévu de mener des recherches sur les lions qui baillent. Mais lorsque ses étudiants étaient en Afrique du Sud pour recueillir des données sur les hyènes tachetées en train de jouer, ils ont commencé à lui envoyer des vidéos de lions. En regardant ces vidéos, Palagi n’a pu s’empêcher de remarquer que les lions bâillaient l’un après l’autre, puis se levaient et se déplaçaient de manière quasi-synchrone.
Elle a décidé d’orienter temporairement son voyage en Afrique du Sud vers les bâillements contagieux des lions. Ses étudiants, Grazia Casetta et Andrea Paolo Nolfo, ont observé 19 lions vivant dans deux groupes sociaux à Siyafunda Wildlife & Conservation, un camp de recherche situé dans la réserve privée du Grand Makalali, dans la province de Limpopo, en Afrique du Sud. Ils ont pris près de 5 heures de vidéo par lion, jour et nuit, sur une période de quatre mois.

Les chercheurs ont constaté que lorsqu’un lion bâillait et qu’un autre lion pouvait le voir, les bâillements devenaient souvent contagieux, c’est-à-dire que le deuxième lion commençait à bâiller dans les trois minutes suivant le premier. Les bâillements étaient si contagieux que la probabilité que le deuxième lion bâille dans les trois minutes était 139 fois plus élevée que si le premier lion n’avait pas bâillé – et dans 75 % des cas, l’effet était si fort que le deuxième lion bâillait dans la minute suivant le premier.

Les bâillements entraînaient des actions coordonnées

L’équipe a également constaté que les bâillements contagieux entraînaient des actions coordonnées, qui consistaient généralement à se lever et à s’éloigner. Ces félins étaient 11 fois plus susceptibles de synchroniser leurs prochains mouvements avec le premier lion (le « déclencheur ») après une période de bâillements contagieux. « Après qu’ils aient bâillé ensemble, si le déclencheur se levait, le second lion faisait de même en quelques secondes », explique Palagi.
Pourtant, contrairement à certaines espèces, comme les macaques à longue queue et certains autres primates, les lions ne bâillaient généralement pas lorsqu’ils étaient déjà actifs ou qu’ils mettaient fin à un conflit (pour la nourriture), précise-t-elle. Au contraire, les lions bâillaient presque toujours lorsqu’ils se reposaient ou faisaient la transition entre le repos et une période d’action.
Malgré cette nouvelle compréhension des bâillements des lions, il est toujours difficile de classer les motifs qui se cachent derrière chaque bâillement, explique Mme Palagi. « Il est difficile de séparer et de classer les différents types de bâillements, car ils peuvent tous être dus à un mélange de plusieurs facteurs. »
Cette recherche a été publiée dans Animal Behaviour.
Source : New Scientist
Crédit photo : Pexels