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En 2015, une équipe de scientifiques dirigée par le chercheur de l’ETH Patrick Eggenberger a montré que les personnes âgées qui entraînent simultanément le corps et l’esprit font preuve de meilleures performances cognitives, et peuvent ainsi également prévenir les troubles cognitifs.

Les effets de l’entraînement sur la démence

« On soupçonne depuis un certain temps que l’entraînement physique et cognitif a également un effet positif sur la démence », explique de Eling Bruin. « Cependant, dans le passé, il a été difficile de motiver les patients atteints de démence à entreprendre une activité physique sur des périodes prolongées. »
Pour changer cela, Eva van het Reve, a fondé en 2013 la spin-off Dividat de l’ETH avec son directeur de thèse Eling de Bruin et un autre doctorant. « Nous voulions concevoir un programme d’entraînement personnalisé qui améliorerait la vie des personnes âgées », explique Eva van het Reve. Des exercices amusants ont été développés afin d’encourager les personnes souffrant déjà de handicaps physiques et cognitifs à participer à l’entraînement, et la plateforme d’entraînement Senso est née.
Cette plate-forme se compose d’un écran avec le logiciel de jeu et d’un panneau au sol avec quatre champs qui mesurent les pas, le déplacement du poids et l’équilibre. Les utilisateurs tentent d’effectuer une séquence de mouvements avec leurs pieds comme indiqué sur l’écran, ce qui leur permet d’entraîner simultanément le mouvement physique et la fonction cognitive. Le fait que ce jeu soit également amusant permet de motiver plus facilement les sujets à s’entraîner régulièrement.

Huit semaines d’entraînement

Une équipe internationale dirigée par Nathalie Swinnen, doctorante à la KU Leuven, a recruté 45 sujets pour cette étude. Les sujets étaient des résidents de deux maisons de soins belges, âgés en moyenne de 85 ans et présentaient tous des symptômes de démence sévère.
« Les participants ont été divisés en deux groupes sur une base aléatoire », explique M. de Bruin. « Le premier groupe s’est entraîné pendant 15 minutes avec le Dividat Senso trois fois par semaine pendant huit semaines, tandis que le second groupe a écouté et regardé des vidéos musicales de leur choix. » Après le programme d’entraînement de huit semaines, les capacités physiques, cognitives et mentales de tous les sujets ont été mesurées par rapport au début de cette étude.

Le jeu régulier a un effet

Les résultats donnent de l’espoir aux patients atteints de démence et à leurs proches : l’entraînement avec cette machine a effectivement amélioré les capacités cognitives, telles que l’attention, la concentration, la mémoire et l’orientation. « Pour la première fois, on peut espérer que, grâce à un jeu ciblé, nous pourrons non seulement retarder mais aussi affaiblir les symptômes de la démence », souligne M. de Bruin.
Il est particulièrement frappant de constater que le groupe témoin s’est encore détérioré au cours de la période de huit semaines, alors que des améliorations significatives ont été enregistrées dans le groupe d’entraînement. « Ces résultats très encourageants sont conformes à l’hypothèse selon laquelle les patients atteints de démence sont plus susceptibles de se détériorer sans entraînement », ajoute M. de Bruin.
Mais l’entraînement ludique n’a pas seulement un impact positif sur les capacités cognitives – les chercheurs ont également pu mesurer des effets positifs sur les capacités physiques, comme le temps de réaction. Après seulement huit semaines, les sujets du groupe d’entraînement réagissaient nettement plus vite, alors que la situation du groupe témoin se détériorait. Ces résultats sont encourageants dans la mesure où la rapidité avec laquelle les personnes âgées réagissent aux impulsions est déterminante pour savoir si elles peuvent prévenir une chute.

Rechercher les processus neuronaux 

Le groupe de recherche dirigé par M. de Bruin s’efforce actuellement de reproduire ces résultats auprès de personnes souffrant de troubles cognitifs légers, des précurseurs de la démence. L’objectif est d’utiliser l’IRM pour rechercher plus précisément les processus neuronaux du cerveau qui sont responsables de l’amélioration cognitive et physique.
Dans cette vidéo, l’équipe nous montre le fonctionnement de ce jeu.

Cette recherche a été publiée dans Alzheimer’s Research & Therapy.
Source : ETH Zurich
Crédit photo : StockPhotoSecrets