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Il y a quelques années, des scientifiques de la Penn’s School of Dental Medicine ont découvert que la plaque dentaire qui donne lieu à l’ECC (carie de la petite enfance) est composée à la fois d’une espèce bactérienne, Streptococcus mutans, et d’un champignon, Candida albicans. Ces deux éléments forment une symbiose collante, connue sous le nom de biofilm, qui devient extrêmement virulent et difficile à déplacer de la surface de la dent.

Perturber le biofilm

Maintenant, une nouvelle étude du groupe propose une stratégie pour perturber ce biofilm en ciblant les interactions levure-bactérie qui rendent les plaques ECC si difficiles à traiter. Contrairement à certains traitements actuels de l’ECC, qui utilisent des agents antimicrobiens susceptibles d’avoir des effets hors cible et de nuire aux tissus sains, ce traitement fait appel à une enzyme spécifique aux liens qui existent entre les microbes.
Si certains cas d’ECC sont traités avec des médicaments qui tuent directement les microbes, réduisant ainsi potentiellement le nombre d’agents pathogènes dans la bouche, cette méthode n’est pas toujours efficace pour détruire le biofilm et peut avoir des effets non ciblés sur les « bons » microbes ainsi que sur les tissus mous de la cavité buccale.
Hwang et ses collègues ont voulu essayer une approche différente qui ciblerait directement l’interaction entre la levure et les bactéries et ont choisi de cibler les mannanes de la surface cellulaire de Candida comme point de contact. À l’aide de trois enzymes dégradant les mannanes, ils ont appliqué chacune d’entre elles à un biofilm se développant sur une surface ressemblant à une dent dans un milieu artificiel de salive humaine et l’ont laissé pendant cinq minutes. Après le traitement, ils ont constaté que le volume global du biofilm avait réduit.

D’excellents résultats

En utilisant un microscope puissant, ils ont également observé une réduction drastique de l’épaisseur du biofilm et des interactions entre les bactéries et les levures. Le pH du milieu environnant était plus élevé en présence des enzymes, ce qui indique un environnement moins acide et donc moins propice à la carie dentaire.
Ils ont également mesuré la facilité avec laquelle le biofilm a été brisé après le traitement, à l’aide d’un dispositif qui applique une contrainte, à la manière d’un brossage de dents. « La structure du biofilm était plus fragile après le traitement enzymatique », explique Hwang. « Nous avons pu constater que les biofilms étaient plus facilement éliminés ».
Enfin, ils voulaient avoir une idée de la manière dont ces enzymes seraient tolérées lorsqu’elles sont utilisées dans la cavité buccale, d’autant plus que les enfants seraient le groupe de patients visés.
En appliquant ces enzymes à des cellules gingivales humaines en culture, ils n’ont constaté aucun effet nocif, même lorsqu’ils ont utilisé une forme concentrée de ces enzymes. En outre, ils ont observé que ce traitement ne tuait pas les bactéries ou les levures, ce qui indique qu’il pourrait fonctionner même si les microbes développaient des mutations qui les rendraient résistants à d’autres types de thérapies.

Un bain de bouche additionné de ces enzymes

Les chercheurs ont maintenu le temps d’application relativement court, soit cinq minutes, mais ils espèrent constater une activité dans un temps encore plus court, comme les deux minutes recommandées pour le brossage des dents. Hwang dit qu’ils pourraient envisager un bain de bouche sans alcool additionné de ces enzymes qui pourrait être utilisé par les enfants comme mesure préventive contre les ECC.
Cette recherche a été publiée dans mBio.
Source : University of Pennsylvania
Crédit photo : Pexels