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Les pays qui ont appliqué des stratégies strictes de suppression de la pandémie ont obtenu de meilleurs résultats sur les mesures de la santé, de la richesse et des libertés civiles que ceux qui ne l’ont pas fait, selon une analyse. Cette analyse couvre la première année de la pandémie à partir de février 2020, mais elle est pertinente pour les efforts en cours pour y mettre fin. Le passage à une stratégie d’élimination, même à ce stade, pourrait conduire à une meilleure santé et à une plus grande richesse, selon les auteurs.

Des pays « d’élimination » et « d’atténuation »

Les chercheurs ont comparé les décès dus au COVID-19, la croissance du PIB et la rigueur des mesures de confinement dans 37 pays riches. Ils ont classé ces pays en deux groupes : cinq pays « d’élimination », qui ont pris des mesures maximales à tout moment pour supprimer l’épidémie, et 32 pays « d’atténuation », qui ont réagi aux événements pour empêcher leurs systèmes de santé d’être submergés.

« Ce que nous avons constaté, c’est qu’il y a eu beaucoup moins de décès dans les cinq pays d’élimination que dans les autres », explique Jeffrey Lazarus, membre de l’équipe de l’Institut de santé mondiale de Barcelone, en Espagne. « De même, les mesures de confinement rapide conformes à l’élimination étaient moins strictes et de plus courte durée, et nous avons constaté que l’élimination est supérieure à l’atténuation pour la croissance du PIB. »

Une stratégie d’élimination signifie essentiellement des tests de masse, l’aide aux personnes infectées par le coronavirus pour qu’elles s’isolent, le traçage des personnes avec lesquelles elles ont été en contact et l’aide pour qu’elles s’isolent également, la surveillance des frontières et des mesures de confinement rapides et strictes si nécessaire. Il s’agit là d’un « cours de base sur les maladies infectieuses », déclare M. Lazarus.

Les pays d’élimination

Selon M. Lazarus, ces mesures sont souvent critiquées au motif que, si elles peuvent protéger la santé, elles nuisent aux économies et portent atteinte aux libertés civiles. En fait, cette étude montre qu’elles sont supérieures sur toutes ces mesures. Les cinq pays d’élimination sont l’Australie, l’Islande, le Japon, la Nouvelle-Zélande et la Corée du Sud. Ces pays n’ont pas réussi à éliminer le virus, mais ils s’étaient fixé pour objectif de le faire et ont tenu bon, explique M. Lazarus.

Les 32 pays d’atténuation sont les autres membres de l’OCDE, à l’exception du Costa Rica. Les chercheurs voulaient inclure la Chine mais n’ont pas pu obtenir suffisamment de données.

Les pays d’élimination n’ont enregistré que 4 % du nombre de décès par habitant des pays d’atténuation. La croissance de leur PIB a retrouvé son niveau d’avant la pandémie au début de l’année 2021, alors que les 32 autres sont toujours en proie à une croissance négative. Il est essentiel de noter que l’élimination a eu moins d’impact que l’atténuation sur les libertés civiles, selon un indice de « rigueur de confinement » mis au point par l’université d’Oxford.

Une stratégie d’élimination est la meilleure pour l’économie

Alice Roberts, de l’université de Birmingham, au Royaume-Uni, membre du groupe indépendant SAGE, décrit cette analyse comme « une base de données très solide prouvant qu’une stratégie d’élimination est la meilleure pour l’économie, la meilleure pour la santé et qu’elle a le moins d’impact sur les libertés civiles, ce qui semble être le principal argument contre elle ».

Il est à noter que les cinq pays d’élimination sont des nations insulaires ou la Corée du Sud, qui a une frontière terrestre étroitement contrôlée. M. Lazarus admet que l’isolement pourrait avoir une part de responsabilité dans leur succès. « Il est plus facile de protéger les frontières d’un État insulaire, si on le souhaite », explique-t-il. Mais il n’est pas impossible pour d’autres pays de contrôler leurs frontières. Selon M. Lazarus, le Danemark a failli être considéré comme un pays éliminatoire, mais il a eu du mal à empêcher les Danois vivant en Suède de traverser le pont de l’Øresund dans les deux sens.

Cette analyse peut éclairer les politiques pour le reste de la pandémie

Selon M. Lazarus, cette analyse peut éclairer les politiques pour le reste de la pandémie. « Il s’agit évidemment d’une étude rétrospective, mais nous pouvons tirer des enseignements du passé ». Selon lui, la crise n’est pas terminée et, avec l’apparition de nouveaux variants transmissibles, les pays qui agissent comme si c’était le cas avant d’avoir atteint des niveaux de vaccination suffisants se retrouveront à répéter les erreurs du passé.

Il n’est jamais trop tard pour passer à une stratégie d’élimination et le faire maintenant pourrait signifier un été beaucoup plus sain, plus riche et plus libre dans l’hémisphère nord, dit-il.

Une stratégie souvent critiquée

Il ne sera pas facile de surmonter les préjugés économiques et libertaires contre l’élimination, déclare Ilona Kickbusch, membre de l’équipe du Global Health Centre de Genève, en Suisse. Elle faisait partie d’un groupe de scientifiques allemands qui ont fait pression, sans succès, en faveur d’une stratégie d’élimination. Ils ont été qualifiés de « staliniens cherchant à fermer la société », dit-elle. « En fait, notre argument était exactement le contraire ».

Martin McKee, de la London School of Hygiene & Tropical Medicine, qui n’a pas participé à cette étude, a reproché à cette analyse d’utiliser un recul de 20/20 dans sa sélection de pays. Mais sa conclusion, à savoir que la stratégie d’élimination produit le meilleur résultat, tient la route, dit-il.

Cette recherche a été publiée dans The Lancet.

Source : New Scientist
Crédit photo : Pexels