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Vieillir est un fait inéluctable de la vie, mais l’âge n’est peut-être pas entièrement dû aux processus des cellules de notre corps. Au contraire, notre corps pourrait vieillir en partie à cause des actions de microorganismes comme les bactéries, qui interfèrent avec notre biologie.

Le vieillissement et les microorganismes 

« Sommes-nous plus vieux que nous pourrions l’être en raison des interactions avec d’autres espèces ? » s’interroge Eric Bapteste, du Muséum national d’histoire naturelle de Paris, en France. Lui et ses collègues ont examiné les informations provenant d’études publiées sur le vieillissement et affirment que c’est probable, car les organismes qui vivent sur ou dans le corps des animaux – y compris les humains – sont incités à interférer avec le processus de vieillissement. Il appelle ces organismes des « déformateurs de l’âge ».

Les traitements qui ciblent ces processus pourraient aider les personnes âgées à lutter contre les infections, notamment le COVID-19. Le vieillissement va bien au-delà de la peau ridée et des cheveux grisonnants. En vieillissant, notre corps fonctionne de moins en moins bien. Par exemple, notre cerveau a du mal à apprendre de nouvelles choses en vieillissant et, au niveau cellulaire, notre ADN devient moins stable.

Le vieillissement ne semble pas être une simple question d’usure inévitable : dans une certaine mesure, il est préprogrammé dans notre biologie. Il existe plusieurs idées sur les raisons de ce phénomène. Par exemple, les mutations qui ne sont nuisibles que plus tard dans la vie, après qu’un organisme s’est reproduit, pourraient ne pas être fortement sélectionnées par l’évolution. Il se peut également que certains organismes privilégient la reproduction à une vie plus longue.

Tout cela peut être vrai, dit M. Bapteste, mais nous devons également tenir compte du rôle des autres organismes. « Aucun organisme ne vit seul et tous les organismes sont en interaction avec d’autres », explique-t-il.

Les virus seraient une autre cause du vieillissement

Les virus présents dans notre corps sont particulièrement susceptibles d’interférer avec le vieillissement, affirme M. Bapteste. Ils doivent envahir nos cellules pour se reproduire, ce qui les oblige à contrecarrer les mécanismes de défense des cellules – et cela peut affecter notre processus de vieillissement car les gènes qui codent ces mécanismes sont souvent impliqués dans le vieillissement. « Il existe un chevauchement mécanique entre les mécanismes de défense et les gènes du vieillissement », explique M. Bapteste. « Cela rend assez évident le fait que les virus vont interférer avec ces gènes ».

Par exemple, Bapteste et ses collègues ont trouvé des preuves publiées que le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), qui cause le sida, provoque un vieillissement prématuré de certaines cellules – ce qui pourrait contribuer à expliquer pourquoi les personnes séropositives peuvent connaître un vieillissement accéléré.

Les bactéries affecteraient nos cellules

En outre, un microorganisme n’a pas besoin d’être aussi nocif que le VIH pour interférer avec nos processus de vieillissement, affirme M. Bapteste. Par exemple, les drosophiles élevées en présence de bactéries de l’espèce Acetobacteraceae ont tendance à avoir une durée de vie plus courte, tandis que celles élevées en présence de certaines bactéries Lactobacillus vivent généralement plus longtemps.

« Ce qui importe, c’est de savoir s’il existe des intérêts évolutifs contradictoires entre deux partenaires qui en viennent à partager un corps commun », explique-t-il. « S’il y a des intérêts contradictoires, ce qui est presque toujours le cas, alors la façon dont ils [les deux organismes] utilisent les ressources va être différente. »

« Dans l’ensemble, c’est logique » et les preuves apportées par les patients atteints du VIH sont « convaincantes », déclare Sara Hägg de l’Institut Karolinska de Stockholm, en Suède. Elle met en garde contre le fait que bon nombre des études utilisées par Bapteste pour renforcer ses arguments ont été réalisées sur des organismes non humains et que les effets peuvent être moins importants chez l’homme, comme c’est le cas dans les études portant sur d’autres processus liés au vieillissement.

Les sénolytiques seraient un traitement prometteur

Selon M. Hägg, la voie la plus prometteuse pour lutter contre ce processus pourrait être de cibler les mécanismes de distorsion de l’âge – comme ceux du VIH – qui affaiblissent le système immunitaire des gens. Dans cette optique, une étude publiée au début du mois a montré que lorsque des souris âgées recevaient des médicaments « sénolytiques » qui tuent sélectivement les cellules âgées, elles étaient mieux à même de combattre un coronavirus de souris. Les souris traitées ont survécu plus longtemps et ont produit davantage d’anticorps contre le virus. Selon Mme Hägg, les personnes âgées traitées de la même manière pourraient avoir de meilleures chances de survivre une fois atteint du COVID-19.

Cette recherche a été publiée dans Ageing Research Reviews.

Source : New Scientist
Crédit photo : Pixabay