cannabis-les-LGB-dépressifs-en-consomment-plus

Ce n’est un secret pour personne que les études montrent que les jeunes issus de la diversité sexuelle – en particulier les jeunes lesbiennes, gays et bisexuels (LGB) – consomment davantage de cannabis et connaissent davantage de problèmes de santé mentale que leurs homologues hétérosexuels.

Les LGB et la consommation de cannabis

Mais qu’en est-il des changements qui se produisent dans les taux de consommation de cannabis : précèdent-ils ceux liés à la santé mentale ou est-ce l’inverse ? Une nouvelle étude de l’Université de Montréal apporte quelques réponses.

Dans son étude, menée sous la direction de la professeure Natalie Castellanos-Ryan et avec le soutien des professeurs Jean Séguin et Sophie Parent, Mme London-Nadeau a analysé les données recueillies auprès de 1 548 adolescents et adolescentes – dont 128 adolescents LGB – dans le cadre de l’Étude longitudinale du développement des enfants du Québec, soutenue par les IRSC et l’Institut de la Statistique du Québec.

Les participants ont été suivis à partir de l’âge de cinq mois et cette étude s’est basée sur leurs réponses à des questionnaires recueillis à 13, 15 et 17 ans. Bien qu’il y ait une association entre les symptômes dépressifs à l’âge de 15 ans et l’augmentation de la consommation de cannabis à l’âge de 17 ans dans l’échantillon en général, cette association était cinq fois plus forte chez les jeunes LGB.

Une pratique d’automédication par le cannabis

Selon London-Nadeau, cette relation pourrait signaler une pratique d’automédication par le cannabis chez les jeunes LGB pour faire face aux symptômes dépressifs. L’utilisation du cannabis à ces fins pourrait également indiquer que d’autres sources de soutien aux symptômes dépressifs font défaut ou sont inadaptées aux réalités des jeunes LGB.

De manière inattendue, cette étude a également révélé que les symptômes d’anxiété chez les LGB à l’âge de 15 ans prédisaient une consommation réduite de cannabis à l’âge de 17 ans. Ce résultat semble donc aller à l’encontre de la constatation d’une association entre la dépression et la consommation de cannabis dans le groupe LGB.

« La différence entre la relation dépression-cannabis et la relation anxiété-cannabis pourrait indiquer des réalités différentes que vivraient les jeunes LGB, notamment en ce qui concerne l’affichage public de leur orientation sexuelle minoritaire », a déclaré London-Nadeau.

Ainsi, la chercheuse croit que les facteurs sociaux liés à l’expérience d’une orientation sexuelle minoritaire, joueraient un rôle important tant dans la consommation de cannabis que dans les problèmes de santé mentale et la relation entre les deux chez les adolescents.

À cet égard, London-Nadeau insiste sur la nécessité pour les services aux jeunes, notamment les services de santé mentale, d’être mieux équipés pour comprendre les enjeux propres aux communautés de la diversité sexuelle.

La recherche identitaire des minoritaires sexuels

« En tant qu’adolescent, vous essayez constamment de déterminer votre identité en tant que personne, ce qui en soi est assez difficile », a déclaré la jeune chercheuse, qui s’identifie comme homosexuelle. « Quand vous ajoutez la découverte d’une orientation sexuelle minoritaire à ce développement identitaire, les choses se compliquent encore plus. »

« Maintenant, il s’agit de creuser le pourquoi de ces associations et de s’assurer d’inclure d’autres communautés qui pourraient avoir des expériences similaires, notamment les adolescents trans et non binaires, ainsi que les jeunes adultes sexuellement diversifiés », poursuit-elle.

« Ces résultats seront cruciaux pour ces communautés, car ils nous permettront de mieux cibler leurs besoins pour finalement atteindre un niveau plus équitable de parité dans leur santé. »

Cette recherche a été publiée dans Journal of Abnormal Psychology.

Source : Montreal University
Crédit photo : Pexels